À New York, les mots ont été pesés. Mais derrière la diplomatie, c’est une réalité bien plus brutale qui s’impose : celle d’un fossé grandissant entre les engagements pris sur le papier et la violence qui continue de ravager l’Est de la République démocratique du Congo. Réuni au Conseil de sécurité des Nations unies, le 26 mars, l’organe onusien a été le théâtre d’une mise en garde claire.
À la tribune, Vivian van de Perre, représentante spéciale du Secrétaire général, n’a pas masqué son inquiétude face à l’écart persistant entre les processus diplomatiques en cours et la situation sécuritaire sur le terrain. Car pendant que les initiatives se multiplient du processus de Washington à celui de Doha, en passant par la facilitation de l’Union africaine, les armes, elles, ne se taisent pas. Les affrontements se poursuivent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, opposant les forces gouvernementales à la rébellion de l’AFC/M23, sur fond d’accusations récurrentes visant le Rwanda.
Face à ce contraste saisissant, la cheffe ad intérim de la MONUSCO a lancé un appel sans équivoque : les engagements doivent être respectés. Pour elle, la paix ne pourra émerger que d’un sursaut collectif, capable de transformer les promesses diplomatiques en réalités tangibles pour les populations. Mais au-delà du front militaire, c’est aussi le front humanitaire qui vacille. Les acteurs chargés de porter secours deviennent eux-mêmes des cibles.
L’assassinat récent d’un agent de l’UNICEF à Goma, tué lors d’une frappe contre sa résidence, est venu rappeler avec brutalité le niveau de danger auquel sont exposés ceux qui œuvrent pour sauver des vies. Dans ce contexte, l’appel au respect du droit international humanitaire résonne comme une urgence absolue. Civils, humanitaires, populations déplacées : tous continuent de payer le prix d’un conflit qui échappe aux mécanismes de régulation.
Et pourtant, sur le plan diplomatique, les lignes semblent figées. Malgré l’implication de Donald Trump dans le processus de Washington, et l’adhésion affichée des présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame aux accords conclus, la méfiance persiste. Les accusations croisées continuent d’empoisonner les relations entre Kinshasa et Kigali, freinant toute avancée concrète.
Même constat du côté du processus de Doha, mené sous médiation du Qatar. Pensées comme un complément aux accords de Washington, ces discussions destinées à traiter les causes profondes du conflit gouvernance, sécurité, réintégration peinent à produire des résultats. Les mécanismes déjà adoptés restent, pour beaucoup, inappliqués. Dans cet entrelacs de promesses et d’inerties, le temps joue contre la paix.
Chaque jour sans avancée renforce la défiance, nourrit les violences et éloigne un peu plus la perspective d’une stabilisation durable. La MONUSCO, elle, reste sur le terrain, fidèle à son mandat. Mais son message est clair : sans volonté politique réelle, sans respect des engagements et sans cohérence entre discours et actions, la diplomatie seule ne suffira pas. Dans l’Est de la RDC, la paix ne se décrète pas. Elle se prouve.
JK


