À l’Est de la République démocratique du Congo, le silence des armes n’aura été qu’une parenthèse fragile. Sur les collines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les détonations ont repris, les armes parlent plus fort que les communiqués diplomatiques. Chaque camp accuse l’autre d’avoir allumé la mèche et de torpiller le cessez-le-feu qui ressemble de plus en plus à une ligne tracée sur du sable tandis que les populations civiles continuent de payer le prix fort.
Lors de la 80ᵉ réunion du Conseil des ministres, le Vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale a dressé un tableau sans détour de la situation sécuritaire. Selon le compte rendu officiel, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) font face à une attitude qualifiée de « belliciste » de la coalition AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon les Nations unies.
Kinshasa accuse cette coalition de violations répétées du cessez-le-feu à travers des attaques récurrentes contre les positions gouvernementales, mais aussi de prédation des minerais stratégiques dans les zones sous occupation. Malgré cela, les autorités assurent que les FARDC ont contenu plusieurs offensives, protégeant leurs positions et les civils.
Dans ce contexte déjà tendu, les combats entravent également l’action humanitaire. La réduction des financements internationaux et l’accès limité aux zones affectées aggravent une situation humanitaire jugée alarmante. De son côté, l’AFC/M23 livre une tout autre lecture des événements. Dans un communiqué publié le 28 février, le mouvement accuse le régime du Président Félix Tshisekedi d’avoir « délibérément » violé le cessez-le-feu et d’imposer une guerre totale dans l’Est du pays.
Le groupe rebelle affirme que les frappes de drones et les offensives terrestres menées par l’armée congolaise et ses alliés viseraient indistinctement ses combattants et des civils, y compris en dehors des lignes de front. Il évoque notamment la mort de son porte-parole militaire, le colonel Willy Ngoma, présenté comme victime de ces frappes.
L’AFC/M23 soutient par ailleurs avoir multiplié les alertes auprès des médiateurs internationaux au sujet de violations présumées dans plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon le mouvement, ces signalements seraient restés sans suite concrète. Au-delà des versions contradictoires, un constat s’impose : la confiance entre les protagonistes est quasi inexistante. Les initiatives diplomatiques notamment les processus de Doha et de Washington, appuyés par l’Union africaine et d’autres partenaires peinent à produire des effets tangibles sur le terrain.
Le cessez-le-feu proposé sous médiation régionale semble fragilisé par les offensives militaires, les accusations de soutien extérieur et la bataille pour le contrôle des zones riches en ressources minières. Pendant ce temps, l’AFC/M23 continue d’administrer plusieurs territoires dans l’Est du pays, tandis que Kinshasa réaffirme sa détermination à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
L’Est de la RDC reste ainsi suspendu entre deux dynamiques opposées : d’un côté, des efforts diplomatiques qui progressent sur le papier ; de l’autre, une réalité militaire marquée par la défiance et l’escalade. Dans cette équation complexe, les civils demeurent les premières victimes d’un conflit où les armes parlent plus fort que les engagements signés.
Tant que les accusations croisées prendront le pas sur des mécanismes crédibles de vérification et de confiance, la paix restera un horizon incertain.
Junior Kulele


