Un an après la bataille de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu demeure sous contrôle de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Si les combats de janvier 2025 ont redessiné brutalement les équilibres militaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, ils ont surtout ouvert une nouvelle phase du conflit : celle d’un bras de fer prolongé entre une administration rebelle cherchant à s’installer dans la durée et un État congolais mobilisé sur les plans politique, diplomatique, judiciaire et militaire pour restaurer l’ordre constitutionnel.
La prise de Goma s’est accompagnée d’un lourd tribut humain, dont l’ampleur exacte reste difficile à établir. Les organisations humanitaires évoquent plusieurs centaines de morts. Plus de 900 corps ont été inhumés dans les jours ayant suivi les combats par la Croix-Rouge congolaise et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Les hôpitaux de la ville, notamment celui de Ndosho, ont été submergés par des blessés par balles et éclats d’obus, révélant une fois de plus la fragilité structurelle du système de santé dans une région en guerre chronique.
Dès la chute de Goma, le pouvoir central à Kinshasa a engagé une série de mesures visant à préserver l’ordre républicain et à empêcher toute légitimation de l’occupation rebelle. La suspension des activités de l’antenne provinciale de la Banque centrale du Congo (BCC) et la fermeture des banques commerciales ont marqué une volonté claire : refuser toute normalisation institutionnelle sous administration rebelle.
Sur le plan sécuritaire, les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par des forces alliées régionales, ont été redéployées sur plusieurs axes stratégiques autour de Goma afin de contenir l’expansion du M23 et de protéger les zones restées sous contrôle gouvernemental, notamment dans les territoires de Beni et de Lubero. Parallèlement, Kinshasa a renforcé les mécanismes de commandement militaire et de coordination avec ses partenaires régionaux.
Conscient que la bataille de Goma ne pouvait être gagnée uniquement sur le terrain militaire, le pouvoir congolais a misé sur une intense offensive diplomatique. Le président Félix Tshisekedi a multiplié les échanges avec ses homologues africains, européens et américains, portant la question de l’agression de la RDC au plus haut niveau des instances internationales.
C’est dans ce cadre que le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2773, condamnant explicitement le soutien du Rwanda à l’AFC/M23 et exigeant le retrait immédiat de ses troupes du territoire congolais. Kinshasa continue de plaider pour une application stricte de cette résolution, qu’elle considère comme un pilier central du rétablissement de l’ordre étatique dans l’Est du pays.
Sur le front médiatique, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, s’est imposé comme l’une des principales voix de la riposte congolaise. Dans ses déclarations, il a systématiquement qualifié la prise de Goma d’« occupation illégale » et dénoncé une « agression caractérisée du Rwanda contre la RDC ».
Patrick Muyaya a également insisté sur la nécessité de ne pas banaliser l’administration parallèle mise en place par le M23, rappelant que « Goma reste et demeure une ville congolaise, sous occupation temporaire ». Il a, à plusieurs reprises, appelé la communauté internationale à passer des condamnations verbales à des actions concrètes, notamment par des sanctions ciblées.
Le président Félix Tshisekedi a, de son côté, adopté un ton ferme. Dans plusieurs allocutions à la nation, il a réaffirmé que la RDC « ne renoncera jamais à sa souveraineté ni à l’intégrité de son territoire ». Il a dénoncé une guerre imposée à son pays pour des intérêts géopolitiques et économiques liés aux ressources stratégiques de l’Est.
Le chef de l’État a également appelé à l’unité nationale, exhortant les Congolais à soutenir les FARDC et à résister à toute tentative de balkanisation du pays. Pour Kinshasa, la reconquête de Goma s’inscrit dans une vision plus large de restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
La prise de Goma a suscité de nombreuses réactions à l’international. Les Nations unies, par la voix de leurs représentants et à travers les rapports du Groupe d’experts sur la RDC, ont confirmé l’implication du Rwanda aux côtés de l’AFC/M23 et dénoncé des violations graves des droits humains, notamment des détentions arbitraires, des actes de torture et des enrôlements forcés.
Les États-Unis ont exprimé leur « profonde préoccupation » face à l’escalade du conflit. Washington a appelé au respect de la souveraineté congolaise et a exercé des pressions diplomatiques sur Kigali, pressions qui ont notamment contribué au retrait du M23 de la ville d’Uvira, sans toutefois entraîner un désengagement global du mouvement.
Sur le plan moral, le pape Léon XIV a également réagi à la situation dans l’Est de la RDC. Il a exprimé sa compassion pour les populations de Goma et appelé à la fin des violences, dénonçant à mots à peine voilés l’exploitation des ressources et les logiques de prédation qui alimentent les conflits en Afrique centrale. Sa prise de position a renforcé la visibilité internationale de la crise congolaise, au-delà des cercles diplomatiques.
Malgré l’installation progressive d’une administration parallèle par l’AFC/M23 nomination de responsables, création d’une police dite « révolutionnaire », tentative de relance de services financiers, Kinshasa maintient sa ligne : aucune reconnaissance, aucune légitimation, aucune concession sur la souveraineté.
Un an après la bataille de Goma, la ville apparaît stable en surface, mais profondément fragile. Derrière les marchés animés et la reprise du commerce transfrontalier, se cache une réalité faite de peur, d’économie informelle coûteuse et de violations des droits humains documentées.
Pour le pouvoir central, la bataille de Goma ne se limite plus à une confrontation militaire : elle est devenue un combat pour le droit, la souveraineté et la crédibilité de l’ordre international. Tant que l’autorité de l’État ne sera pas rétablie, les blessures de janvier 2025 continueront de marquer durablement l’Est de la RDC.
Junior Kulele


