Entre guerre dans l’Est, dialogue national et avenir de la Constitution, Félix Tshisekedi a livré un message à plusieurs facettes devant sa famille politique. Samedi, à la Cité de l’Union africaine, le chef de l’État a affiché sa confiance, décoché ses critiques contre Joseph Kabila et renvoyé à ses partisans la responsabilité du débat constitutionnel.

Face aux députés nationaux et sénateurs de l’Union sacrée de la Nation (USN), venus lui témoigner leur soutien dans la défense de l’intégrité territoriale, Félix Tshisekedi a durci le ton contre son prédécesseur, Joseph Kabila, qu’il accuse de s’être rangé du côté de la rébellion et d’avoir retourné les armes contre la République démocratique du Congo.
Le président de la République n’a pas mâché ses mots. « Pour le peu que j’ai eu à le pratiquer, je peux vous assurer que Joseph Kabila est un peureux. Et là, il doit se demander s’il a fait un bon choix », a-t-il lancé, selon une source présente à la rencontre.
Pour Félix Tshisekedi, le rapprochement de l’ancien chef de l’État avec le Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncé le 12 octobre dans le sillage de l’AFC/M23, participe à une tentative de donner une apparence congolaise à l’agression. Il estime également que les pressions exercées sur Kigali ont contribué à affaiblir le Rwanda.
Sur le terrain sécuritaire, le chef de l’État se veut rassurant : la situation serait « sous contrôle ». Il dit garder confiance dans les FARDC, qu’il affirme avoir reprises en main, malgré la persistance des infiltrations. Les Wazalendo ont également été salués pour leur engagement dans la défense du territoire national.
Sur le front politique, Félix Tshisekedi a annoncé la mise en place, dès la semaine prochaine, d’une équipe préparatoire du dialogue national. Le dispositif envisagé comprendrait une coordination nationale, des coordinations provinciales, des animateurs et des superviseurs dans les provinces.

Deux cofacilitateurs désignés par l’Union africaine, un homme et une femme, devraient également accompagner le processus. Les modalités de ce dialogue, sa représentativité et la participation des différentes forces politiques restent toutefois des questions déterminantes pour la crédibilité de l’initiative.
C’est peut-être sur la Constitution que le président a laissé le plus de matière à discussion. « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez », a-t-il déclaré, tout en affirmant ne pas vouloir la modifier pour se maintenir au pouvoir ni dépasser les limites de son mandat. « Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là », aurait-il ajouté, selon une source présente à la réunion.
Une déclaration qui ne dissipe pas les interrogations sur l’avenir de la Loi fondamentale, alors que la perspective de 2028 nourrit déjà les débats politiques. Le chef de l’État affirme, pour sa part, vouloir consacrer son action à la restauration d’une paix durable et à la remise du pays sur les rails.

Entre fidélité revendiquée à la République, promesse de dialogue et interrogation constitutionnelle, Félix Tshisekedi a voulu rassurer son camp. Mais dans un pays éprouvé par la guerre, la portée de ses engagements se mesurera moins aux déclarations qu’aux résultats : la paix retrouvée, la souveraineté préservée et des institutions capables de résister aux calculs politiques.
JK


