Le débat autour du changement de Constitution en RDC prend désormais des allures de croisade politico-spirituelle. Et dans cette bataille des discours, Martin Fayulu vient de dégainer une réplique aussi brutale que retentissante. Invité sur le Space organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala sur X (ex-Twitter), le leader de Lamuka n’a laissé aucune place à l’ambiguïté en répondant frontalement au pasteur Ejiba Yamapia, lequel affirmait récemment que son soutien au projet de révision constitutionnelle reposait sur une inspiration divine, un « Ainsi dit l’Éternel ».
Mais pour Martin Fayulu, invoquer Dieu pour défendre une modification de la Constitution relève d’une dérive grave. Avec un ton tranchant et sans détour, l’opposant a sèchement balayé cette justification théologique : « Dieu n’aime pas des bêtises. » Une phrase choc. Courte. Froide. Et politiquement explosive. Visiblement agacé par ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la foi, Fayulu a démonté l’argumentaire du prédicateur point par point.
Revenant sur l’article 217 de la Constitution, cité par Ejiba Yamapia pour soutenir l’idée d’un changement du texte fondamental, le président de l’ECiDé a rappelé que cette disposition existait déjà dans la Constitution de 1967, bien avant les accords politiques de 2002 souvent présentés comme la matrice de l’actuelle Constitution. Dans une ironie mordante, Fayulu a alors lancé : « Est-ce que l’Éternel a inspiré des bêtises comme ça à quelqu’un ? »
Derrière cette sortie, c’est toute une dénonciation de la récupération religieuse à des fins politiques qui transparaît. Pour Fayulu, certains leaders spirituels auraient troqué leur mission pastorale contre des intérêts matériels et des calculs de proximité avec le pouvoir. Le leader de Lamuka a toutefois pris soin de distinguer les hommes de foi qu’il respecte de ceux qu’il accuse implicitement de compromission. Il a notamment salué le chanteur et pasteur Moïse Mbiye, affirmant que ce dernier aurait refusé de rejoindre le camp favorable à la révision constitutionnelle malgré des sollicitations.
Puis est venue une autre phrase lourde de sens : « Les pasteurs ne peuvent pas devenir des mendiants qui vont à la soupe populaire pour qu’on leur donne de l’argent. » Une attaque directe contre certains milieux religieux accusés de monnayer leur influence spirituelle en échange de privilèges politiques ou financiers..Et Fayulu est allé encore plus loin, prenant des accents quasi prophétiques : « Ces gens-là seront frappés. »
Au-delà des piques et des formules assassines, l’opposant a surtout tenté de retourner contre ses adversaires l’argument de “l’évolution du monde”, souvent avancé pour justifier l’adaptation de la Constitution aux réalités de 2026. Dans un raisonnement provocateur mais calculé, il a interrogé : Si les temps modernes imposent de modifier la Constitution, pourquoi ne pas alors proposer aussi une révision de la Bible, dont certains écrits remontent à des milliers d’années ?
Une comparaison volontairement audacieuse destinée à dénoncer ce qu’il considère comme des contradictions dans le discours des partisans du changement. Pour conclure, Martin Fayulu s’est appuyé sur les Écritures elles-mêmes afin de renvoyer ses contradicteurs à leur propre conscience : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mammon. »
Dans un climat politique déjà sous haute tension autour du débat constitutionnel, cette sortie de Fayulu risque d’alimenter davantage la fracture entre sphère politique et milieux religieux, désormais au cœur d’un affrontement où se mêlent foi, pouvoir et légitimité populaire.
JK


