Le climat se tend davantage autour de la Fédération Congolaise de Football Association. À quelques jours du scrutin destiné à mettre en place le nouveau comité exécutif de la FECOFA, la coalition des candidats invalidés hausse le ton et réclame désormais la suspension pure et simple du processus électoral, qu’elle juge « entaché de fraude et de favoritisme ».
Dans une déclaration publique lue par Jean-Claude Mukanya, les contestataires dénoncent un processus « vicié », accusant certains acteurs de vouloir verrouiller l’élection avant même le vote. Une sortie médiatique qui révèle surtout l’ampleur des fractures internes qui secouent le football congolais.
Le message des candidats recalés est lourd de sens. En affirmant que « l’élection du comité exécutif n’est pas la priorité » et en rappelant que la RDC s’était déjà qualifiée pour la Coupe du monde sans comité exécutif de la FECOFA, les contestataires cherchent à démontrer que l’urgence sportive dépasse aujourd’hui les calculs électoraux. Mais derrière cette argumentation se cache une véritable crise de confiance. Car ce qui est remis en cause, ce n’est pas seulement la validation des candidatures, mais la crédibilité même du processus électoral.
Depuis plusieurs semaines, les accusations de favoritisme alimentent les débats dans les milieux sportifs. Certains candidats estiment que les critères d’éligibilité auraient été appliqués de manière sélective afin d’écarter des figures jugées gênantes ou susceptibles de bouleverser les équilibres déjà établis au sein de la fédération. Dans un football congolais longtemps fragilisé par les querelles de gouvernance, les soupçons d’arrangements internes réveillent ainsi de vieux démons.
Cette nouvelle tension intervient pourtant dans un contexte où le football congolais semblait retrouver une dynamique positive, notamment grâce aux résultats encourageants des Léopards sous l’ère de Sébastien Desabre. La qualification historique de la RDC à la prochaine Coupe du monde a recréé un élan populaire autour de la sélection nationale. Mais paradoxalement, cette embellie sportive contraste avec les turbulences institutionnelles persistantes à la FECOFA.
Car depuis plusieurs années, la fédération congolaise vit au rythme des conflits internes, des suspensions, des accusations de mauvaise gestion et des luttes d’influence. À chaque cycle électoral, les mêmes interrogations ressurgissent : transparence, équité, indépendance des organes électoraux et poids des réseaux politiques dans les décisions sportives. L’intervention réclamée du président Félix Tshisekedi et du ministre des Sports montre d’ailleurs à quel point la frontière entre sport et politique reste extrêmement poreuse en RDC.
La demande de suspension du scrutin place désormais les autorités face à un dilemme délicat. D’un côté, maintenir les élections pourrait permettre de doter rapidement la FECOFA d’une direction officielle capable de préparer les grandes échéances internationales, notamment la Coupe du monde et la CAN. De l’autre, ignorer les dénonciations des candidats invalidés risquerait d’accentuer les fractures et de délégitimer le futur comité exécutif avant même son installation.
Dans les coulisses, plusieurs observateurs redoutent surtout que cette crise ne finisse par attirer l’attention des instances internationales du football, notamment FIFA et CAF, très sensibles aux questions d’ingérence et de gouvernance fédérale. Les candidats invalidés ont choisi un angle stratégique : celui de « l’intérêt supérieur du football congolais » et de « l’unité autour des Léopards ». Un discours calculé pour éviter d’apparaître comme de simples candidats frustrés par leur exclusion.
En invoquant la stabilité de l’équipe nationale, ils tentent de placer leurs adversaires dans une position défensive, en laissant entendre qu’un processus électoral contesté pourrait perturber l’élan patriotique créé autour des Léopards. Mais au-delà des déclarations, cette crise révèle surtout une réalité plus profonde : en RDC, le football demeure un immense espace de pouvoir, d’influence et de visibilité nationale.
Contrôler la FECOFA, ce n’est pas seulement gérer une fédération sportive ; c’est aussi disposer d’un levier symbolique considérable dans un pays où le football reste l’un des rares sujets capables de fédérer toute la population. Et c’est précisément pour cette raison que chaque élection à la FECOFA se transforme systématiquement en bataille politique.
Junior Kulele


