L’histoire politique congolaise aime les alliances fragiles et les ruptures spectaculaires. Celle entre Félix Tshisekedi et son ex-ambassadeur itinérant, Dany Banza Maloba, en est une nouvelle illustration. Longtemps considéré comme l’un des piliers de l’Union sacrée dans l’espace ex-Grand Katanga, Banza semble désormais relégué au rang des souvenirs avertit un article du site d’information « Le Congo »
Depuis mars, son nom a disparu des couloirs du cabinet présidentiel. Un départ qui n’est pas anodin, mais le résultat d’une lente érosion de confiance et de relations devenues électriques. Dans les cercles politiques de Kinshasa comme de Lubumbashi, le constat s’impose : plus rien ne sera comme avant.
Un deal semblait pourtant avoir été scellé : le retour d’exil de Dany Banza, son serment public de loyauté à Lubumbashi, et en échange, la promesse d’un siège au Sénat ainsi que d’une réintégration au sein de l’Union sacrée. Mais, à la dernière minute, l’équilibre s’est rompu. Banza s’est muré dans un silence lourd, infligeant à Tshisekedi une humiliation politique. La riposte ne s’est pas fait attendre : le camp présidentiel a lancé une offensive contre Sama Lukonde, proche allié de Banza et président du Sénat, avec une motion de destitution en toile de fond.
Les intentions sont claires : affaiblir l’influence katangaise de Banza et redessiner le rapport de forces au Sénat. Le nom du très âgé Mukamba, 95 ans, est déjà avancé comme option pour prendre la tête de la chambre haute, entouré de figures kasaïennes stratégiquement choisies.
Exilé, mais pas muselé, Dany Banza laisse entendre qu’il est prêt à « parler ». À un diplomate occidental, il aurait confié que Tshisekedi est « prêt à tout pour conserver le pouvoir », et qu’il détient des informations explosives sur les dessous des affaires minières, des valises de cash et des comptes offshore. Les partisans du pouvoir balaient ces accusations, mais les opposants s’en délectent déjà. Un parfum de scandale flotte donc dans l’air. Pour l’instant, aucune onde de choc n’a encore secoué la présidence, mais la menace est réelle. Un Banza qui rompt le silence pourrait fragiliser le régime.
Pour Tshisekedi, ce bras de fer dépasse la simple querelle personnelle. C’est une stratégie assumée : évincer ceux qui ne s’alignent pas sur le nouvel agenda présidentiel. Après Kamerhe mis à l’écart, et désormais Sama Lukonde en ligne de mire, le Président poursuit une reconfiguration brutale de son cercle d’influence. Dans cette redistribution, seule compte la loyauté sans faille. Comme qui dirait « La femme de César, ne mérite aucun soupçon ». Au clan Tshisekedi, c’est l’heure de fidèles des fidèles.
Le feuilleton Tshisekedi-Banza s’apparente à une pièce aux allures de tragédie politique : Assiste t-on à une scène d’ami ennemi de « Kioka et Ntumi« ? Des amis d’hier devenus adversaires d’aujourd’hui, sur fond d’ambitions contrariées et de luttes de pouvoir. Comme le souligne un observateur : « Dans la politique congolaise, la loyauté est un luxe rare, et la confiance une monnaie périssable. »
Le deal katangais, jadis moteur de l’Union sacrée, dégage désormais un parfum amer : celui du divorce. Et dans cette partie où chacun semble jouer avec le feu, une question s’impose : qui sera le prochain à se brûler ?
Elrick Elesse


