À l’occasion de la 194ᵉ fête nationale de la Belgique, marquée par un défilé militaire, des festivités populaires, des feux d’artifice et l’hymne national La Brabançonne, le Roi Philippe a prononcé un discours solennel axé principalement sur les grandes crises internationales actuelles, notamment la guerre en Ukraine et le conflit israélo-palestinien. Toutefois, l’absence totale de référence à la guerre en République démocratique du Congo (RDC) n’est pas passée inaperçue, suscitant incompréhension et frustration chez certains observateurs et au sein de la diaspora congolaise.
Dans son allocution, le souverain belge a vivement dénoncé les violations du droit international, l’escalade de la violence, la marginalisation des populations civiles et le recul des droits humains à l’échelle mondiale. Il a qualifié la situation à Gaza d’« insoutenable » et de « honte pour l’humanité », tout en appelant à « une Europe fidèle à ses valeurs démocratiques, à la justice et au droit ».
Mais ni la crise humanitaire à l’Est du Congo, ni les avancées diplomatiques majeures, telles que les accords de Washington entre la RDC et les États-Unis identifiant le Rwanda comme acteur du conflit, ou encore la déclaration de principes signée à Doha entre Kinshasa et le mouvement rebelle AFC/M23, n’ont été évoquées.
Cette omission contraste fortement avec les précédentes prises de position du Roi Philippe. En effet, lors de la fête nationale de 2022, le souverain avait fait preuve d’un engagement clair en faveur du peuple congolais. À l’époque, il déclarait : « Le peuple congolais a de grandes attentes vis-à-vis de notre pays. Travaillons ensemble pour l’aider à progresser vers plus de sécurité, plus de justice et plus de démocratie. Avec notre diplomatie et notre armée qui font un excellent travail, œuvrons avec la communauté internationale à la résolution du conflit si meurtrier qui se déroule en République démocratique du Congo. »
Un message fort qui avait été salué comme un signal d’encouragement et de solidarité envers une ancienne colonie qui continue de faire face à une des crises les plus meurtrières du XXIe siècle. La Belgique demeure un partenaire diplomatique, économique et historique central pour la RDC, bien que leurs relations soient parfois marquées par des tensions, notamment suite à des prises de position critiques envers le Rwanda. Cette posture avait d’ailleurs conduit à un rappel mutuel des ambassadeurs entre Kigali et Bruxelles.
Alors que la guerre d’agression dans l’Est du Congo a franchi un cap important sur le plan diplomatique — avec une reconnaissance internationale plus affirmée et un processus de paix structuré —, de nombreux Congolais espéraient un message de soutien clair du roi belge. Un mot, ne serait-ce que symbolique, pour saluer ces avancées ou rappeler la solidarité historique entre les deux peuples.
Ce silence du Roi Philippe soulève dès lors une question légitime : reflète-t-il une volonté de désengagement diplomatique ? Une prudence politique dans un contexte régional tendu ? Ou un malaise persistant dans les relations belgo-congolaises ? L’opinion congolaise s’interroge.
Pour mémoire, la fête nationale belge est célébrée chaque 21 juillet, en souvenir de la prestation de serment du premier roi des Belges, Léopold Ier, en 1831. Ce jour marque l’avènement de la monarchie constitutionnelle et parlementaire en Belgique, fondée sur le respect des libertés fondamentales et des droits humains — des valeurs que beaucoup espéraient voir invoquées aussi au sujet de la tragédie congolaise.
Elrick Elesse


