Dans une communication choc co-organisée avec le Procureur Général, le Premier Président de la Cour des Comptes, Jimmy Munganga Manzanza, a dressé un bilan sans concession de la redevabilité publique. Entre détournements présumés, gestion opaque et poursuites judiciaires, l’institution financière annonce la fin de la récréation pour les gestionnaires indélicats. Le ton est grave, et les cibles sont nommées. Ce mercredi, la Cour des Comptes a rompu le silence sur l’état des finances publiques après un premier trimestre de gestion budgétaire marqué par des « irrégularités graves ».
Des Gouverneurs et Ministres dans le viseur de la justice
L’annonce la plus marquante concerne l’activation de l’appareil judiciaire. Plusieurs dossiers de « gestion de fait » — une pratique consistant à manipuler les deniers publics en dehors des circuits légaux — ont été transmis à la justice. Les Gouverneurs des provinces du Maniema, du Sud-Ubangiet du Kongo Central sont explicitement cités comme étant déjà sous le coup de procédures devant la Cour.
Mais l’étau se resserre également au niveau national. Jimmy Munganga a révélé que des dénonciations visant des Ministres et d’autres Gouverneurs sont actuellement à l’examen au Parquet général. Pour les mandataires publics, la menace est tout aussi claire : la Cour n’hésitera pas à proposer la destitution de ceux qui persistent à ne pas transmettre leurs états financiers.
Un système de fraude aux multiples visages
Le diagnostic de la Cour des Comptes révèle un système de gestion archaïque et permissif. Parmi les griefs retenus contre les comptables publics et les ordonnateurs, on note l’absence de pièces justificatives pour de nombreuses dépenses. Mais encore des détournements présumés masqués par des reports d’encaisses injustifiés et, aussi, le contournement des comptes bancaires dédiés des ministères, certains fonds étant retirés par des Ministres ou Gouverneurs à l’insu des comptables attitrés.
Audits lancés sur les recettes et les dépenses
Face à ce constat, la Cour passe à l’offensive. Un audit de la « chaîne de la dépense » vient d’être lancé pour s’assurer que les fonds engagés correspondent réellement aux capacités de trésorerie de l’État. Du côté des recettes, si les régies financières semblent plus disciplinées, des zones d’ombre subsistent. La DGI et la DGRAD vont faire l’objet d’un audit spécifique sur les « restes à recouvrer ». L’objectif est d’empêcher que des sommes dues à l’État ne s’évaporent par négligence ou complicité frauduleuse.
« Ni immunité, ni privilège »
L’allocution de Jimmy Munganga Manzanza a rappelé un principe fondamental du droit financier : en matière de gestion de fait, il n’existe aucune protection liée au rang social ou politique. Par cette sortie médiatique, la Cour des Comptes réaffirme sa détermination à moraliser la gestion publique. Pour l’opinion nationale, cette communication sonne comme un avertissement ultime avant les prochaines vagues de sanctions judiciaires.
Danny Ngubaa Yambushi


