Mulima serait toujours sous contrôle des FARDC, selon l’armée. Les collines de Madjaga et le village de Nyamukuma auraient également été repris. Dans un contexte de forte circulation d’informations contradictoires, la bataille se joue aussi sur le terrain de la communication.
Qui contrôle réellement le terrain à Fizi ?
Alors que des informations faisant état de la prise de Mulima par l’AFC/M23 circulent, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) montent au créneau et démentent catégoriquement cette version. Dans une mise à jour opérationnelle rendue publique mardi 8 septembre, le porte-parole des opérations Sukola 2 Sud-Kivu, le sous-lieutenant Mbuyi Kalonji Reagan, affirme que Mulima demeure sous contrôle de l’armée congolaise.
Une déclaration qui intervient dans un contexte particulièrement sensible sur l’axe Uvira-Fizi, où chaque mouvement militaire peut avoir des conséquences importantes sur la population et sur l’évolution du front. Mulima : qui dit vrai ? Le principal enjeu de cette communication militaire est clair : rétablir la version des FARDC face aux informations qui circulent sur les réseaux sociaux et dans certains canaux d’information.
L’armée congolaise assure que la cité de Mulima n’est pas tombée aux mains de l’AFC/M23 et appelle la population à ne pas céder à ce qu’elle présente comme de la manipulation. Mais cette bataille des récits révèle une autre difficulté du conflit : l’absence d’informations indépendantes et vérifiables en temps réel sur certaines zones de combat.
Lorsqu’une partie affirme avoir conquis une position et que l’autre dément, la population se retrouve face à deux récits opposés. Dans ce contexte, la prudence s’impose. Les annonces militaires, qu’elles viennent de Kinshasa ou de l’autre camp, doivent être confrontées à des sources indépendantes avant de pouvoir établir définitivement la situation sur le terrain.
Les FARDC annoncent des reconquêtes
Au-delà du démenti concernant Mulima, le porte-parole militaire affirme que les FARDC ont enregistré des avancées. Selon lui, les forces congolaises ont repris les collines de Madjaga au cours des dernières 24 heures. Le village de Nyamukuma aurait également été récupéré par l’armée congolaise.
Ces annonces, si elles sont confirmées indépendamment, constitueraient un mouvement important sur l’axe Uvira-Fizi et pourraient traduire une volonté des FARDC de reprendre l’initiative militaire dans cette partie du Sud-Kivu. Mais dans une guerre où les positions peuvent changer rapidement, la véritable question reste celle de la consolidation du terrain. Prendre une position est une chose. La sécuriser durablement, empêcher une contre-offensive et protéger les populations en est une autre.
Une bataille militaire… et une bataille de communication
Le conflit dans l’Est de la RDC se joue désormais sur deux fronts. Le premier est militaire : conquérir ou conserver des positions stratégiques. Le second est informationnel : imposer son récit sur la situation du terrain. Une avancée militaire annoncée peut influencer le moral des troupes et de la population. Une rumeur de prise d’une ville ou d’un village peut provoquer la panique et entraîner des déplacements de populations.
C’est pourquoi la communication militaire est devenue un enjeu stratégique. Le démenti concernant Mulima vise notamment à empêcher qu’une information non vérifiée ne provoque une nouvelle vague d’inquiétude dans une population déjà éprouvée par des années de conflit.
Uvira reste dans toutes les préoccupations
Dans son intervention, le porte-parole des opérations Sukola 2 revient également sur la menace qui, selon lui, pesait sur Uvira. L’armée affirme avoir repoussé les forces adverses et poursuivre ses opérations sur l’axe Uvira-Fizi. La situation demeure toutefois fragile. Dans cette région des Grands Lacs, une modification du rapport de force autour d’une position stratégique peut rapidement avoir des répercussions sur les localités environnantes.
Pour les habitants, la priorité reste donc moins le succès d’une communication que la sécurité concrète sur le terrain : pouvoir circuler, rester chez soi, accéder aux services essentiels et ne pas être contraint de fuir à chaque nouvelle offensive.
La vraie bataille commence après la reconquête
Si les reprises annoncées par les FARDC se confirment, un autre défi se posera immédiatement à l’armée congolaise : tenir les positions reconquises. Les précédentes expériences dans l’Est montrent que le contrôle militaire d’une localité ne garantit pas automatiquement sa stabilité. Il faut sécuriser les axes, protéger les civils, empêcher les infiltrations et maintenir une présence suffisamment forte pour éviter une nouvelle offensive. C’est là que se mesure réellement l’efficacité d’une opération militaire.
À Fizi, l’heure est donc à la vérification
Entre les annonces de progression, les démentis et les informations contradictoires, la situation à Fizi reste difficile à lire avec certitude. Une chose est cependant certaine : la guerre de l’information accompagne désormais chaque mouvement du front. Les FARDC veulent démontrer qu’elles ne subissent pas les événements et qu’elles sont capables de reprendre l’initiative. Face à elles, l’AFC/M23 reste accusée par Kinshasa de chercher à étendre son contrôle territorial.
Dans ce brouillard informationnel, une exigence demeure : des informations fiables, vérifiables et régulières. Car derrière chaque village cité dans les communiqués militaires, il y a des familles, des écoles, des commerces et des vies suspendues à l’évolution du front. À Fizi, la question n’est donc pas seulement de savoir qui avance et qui recule. La vraie question est désormais : qui contrôle réellement le terrain… et pour combien de temps ?
Junior Kulele


