À Paris, la République démocratique du Congo a fait bien plus que lancer une candidature. Elle a envoyé un signal politique fort au cœur du monde francophone. Jeudi 21 mai, Kinshasa a officiellement présenté la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, dans une cérémonie à haute portée symbolique et diplomatique.

Dans les salons parisiens, le nom Lumumba a résonné comme un héritage, mais surtout comme une ambition. Celle d’une RDC qui veut désormais peser davantage dans les grandes orientations géopolitiques de l’espace francophone. Face à plusieurs personnalités du monde diplomatique et institutionnel, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a porté une vision offensive d’une Francophonie moderne, audacieuse et capable de sortir des schémas classiques.
« Une Francophonie qui avance. Une Francophonie qui ose. Une Francophonie qui se renouvelle sans renier ses valeurs », a-t-elle martelé, présentant Juliana Lumumba comme le visage d’un nouvel élan francophone. Dans un monde traversé par les fractures identitaires, les tensions géopolitiques et les replis souverainistes, Kinshasa veut imposer une autre lecture de la Francophonie : moins protocolaire, plus humaine ; moins institutionnelle, plus connectée aux peuples.

Et au centre de cette vision se trouve Juliana Lumumba. Fille du héros de l’indépendance congolaise Patrice Emery Lumumba, elle a placé sa candidature dans la continuité des combats historiques des peuples du Sud global pour la dignité, la souveraineté et une coopération plus équilibrée entre les nations. Dans une prise de parole dense et profondément politique, elle a défendu une Francophonie capable de devenir une véritable force civilisationnelle.
« Cette candidature traduit l’ambition d’une Francophonie qui ne soit plus simplement un espace institutionnel, diplomatique ou économique, mais une véritable conscience civilisationnelle dans le concert des nations », a-t-elle déclaré. Le ton est donné : la RDC ne veut plus seulement participer à la Francophonie, elle veut contribuer à la redéfinir.

À travers cette candidature, Kinshasa cherche également à imposer une voix africaine plus affirmée au sein de l’OIF. Avec l’un des plus grands bassins francophones du monde, la RDC entend désormais convertir son poids démographique en influence diplomatique. L’ambassadeur Émile Ngoy Kasongo a insisté sur la dimension générationnelle du projet, évoquant une Francophonie « plus proche des peuples », davantage tournée vers la jeunesse, la culture, l’innovation et les défis contemporains.
Autour de Judith Suminwa, plusieurs figures du gouvernement congolais avaient effectué le déplacement à Paris, notamment Thérèse Kayikwamba Wagner, Raïssa Malu, Crispin Mbadu ainsi que Yolande Elebe. Au-delà d’une campagne diplomatique, la RDC joue ici une bataille d’image, d’influence et de repositionnement international. En propulsant Juliana Lumumba sur la scène francophone mondiale, Kinshasa tente d’inscrire son retour au premier plan des grandes conversations internationales.

Et derrière cette candidature, c’est tout un pays qui cherche à faire entendre sa voix autrement : par la culture, la mémoire, la jeunesse, la langue française et la puissance du récit africain.
Junior Kulele


