La République démocratique du Congo amorce une étape cruciale dans la modernisation de son administration. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a officiellement transmis, jeudi 19 février, son fichier électoral à l’Office national de l’identification de la population (ONIP), ouvrant la voie à la constitution d’un registre général de la population, longtemps attendu.
La cérémonie de remise s’est déroulée au ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, marquant une avancée majeure dans la mutualisation des données publiques entre institutions de l’État.

Constitué lors des opérations d’enrôlement de 2022 et utilisé lors des élections générales de décembre 2023, le fichier électoral constitue désormais une base biométrique stratégique pour l’identification des citoyens congolais.
Pour les autorités, ce transfert représente bien plus qu’un acte administratif : il s’agit d’un pas vers la structuration d’un État moderne, capable de planifier ses politiques publiques sur la base de données fiables.
Le président de la CENI, Denis Kadima Kazadi, a insisté sur la nécessité d’une mise à jour rigoureuse et continue du fichier, soulignant que les données démographiques évoluent rapidement. « Depuis 2022, la population a changé. Il faut retirer les personnes décédées, intégrer les nouveaux majeurs et prendre en compte les changements de résidence. Le fichier électoral est un socle, mais il doit être enrichi et corrigé régulièrement », a-t-il déclaré.
Selon lui, le futur fichier général devra couvrir toute la population vivant en RDC, sans distinction de statut civil, militaire, nationalité ou lieu de résidence, y compris la diaspora congolaise. Pour le directeur général de l’ONIP, Richard Ilunga, cette remise marque un tournant historique dans la construction de l’état civil moderne en RDC.
Il estime que l’accès aux données électorales permettra d’accélérer la mise en place du registre national d’identification, remerciant la CENI pour la qualité du travail technique réalisé et l’esprit de coopération institutionnelle. Le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a salué cette étape et encouragé la poursuite de la collaboration entre les institutions impliquées, rappelant que l’identification de la population constitue un pilier de la sécurité nationale, de la gouvernance et du développement.
Dans son discours sur l’état de la Nation, le Président Félix Tshisekedi avait annoncé la relance de la délivrance de la carte d’identité nationale, un projet attendu depuis des décennies. Selon le Chef de l’État, l’ONIP dispose désormais d’un budget stabilisé à partir de 2026 pour lancer la collecte des données, en s’appuyant sur les bases biométriques de la CENI. Les électeurs déjà enrôlés devraient être les premiers bénéficiaires d’une carte d’identité sécurisée.
Depuis 1984, les Congolais vivent sans carte d’identité nationale officielle, une situation qui a longtemps fragilisé la gouvernance et les services publics. Une précédente tentative, confiée à la société Idemia en partenariat avec Afritech pour un contrat estimé à 1,2 milliard de dollars, avait été annulée après les révélations de l’Inspection générale des finances, qui avait dénoncé un marché surfacturé.
La transmission du fichier électoral à l’ONIP symbolise une relance concrète du chantier de l’identification nationale. Au-delà de la délivrance de cartes d’identité, ce projet constitue un outil stratégique pour la sécurité, la fiscalité, la protection sociale et la planification du développement.
Reste désormais à transformer cette avancée technique en résultats concrets pour des millions de Congolais, longtemps privés d’un système d’identification fiable.
La rédaction de b-onetv.cd


