La littérature congolaise vient de marquer un nouveau tournant sur la scène internationale. Au Canada, lors d’une cérémonie tenue au Palais des congrès de Montréal, l’écrivain Jean Bofane In Koli a été couronné Grand Prix Baobab du meilleur roman africain 2025 pour son œuvre Nation cannibale (Denoël). Une distinction prestigieuse qui fait flotter haut les couleurs de la RDC, bien au-delà des terrains sportifs et des scènes musicales.
Succédant à des figures majeures telles que Wole Soyinka (Nigeria, 2024), Abdelaziz Baraka (Soudan, 2023), Tierno Monénembo (Guinée, 2022) et Yasmina Khadra (2021), Jean Bofane devient le nouvel ambassadeur littéraire du continent. L’Académie des Baobabs, par la voix de son coordonnateur général Dramane Denkêss, a salué une œuvre d’une force dramatique remarquable, portée par une intensité émotionnelle rare. Radio-Canada, qui a retransmis l’annonce, a fait écho à un jury unanime.
En l’absence de l’auteur, son trophée parmi 52 livres en compétition a été remis à Marine Gurnade, Directrice des Relations Éditeurs et Stratégies commerciale chez Gallimard Canada. Dans son roman, Jean Bofane plonge le lecteur dans les tourments conjoints de la région des Grands Lacs et d’autres territoires meurtris du monde. Ses personnages climatologue angoissée, ex-chef d’État déchu, ancien combattant, mère brisée, journaliste désabusé évoluent dans un univers où la violence, les luttes d’influence et le cynisme géopolitique dictent leur destin.
Bofane déploie une narration tentaculaire : violence des gangs à Port-au-Prince, guerres sans fin dans l’est de la RDC, fantômes du colonialisme, quête spirituelle entre psychanalyse, vaudou et divinités modernes, critique acerbe de la « trinité des métaux » cobalt, lithium, coltan qui attise la convoitise mondiale. Dans cet univers tragi-comique, l’auteur interroge la fatalité, la résistance et la possibilité même d’échapper à une « nation cannibale », métaphore d’un monde qui dévore les plus vulnérables.
Considéré comme l’un des écrivains les plus importants de sa génération, Jean Bofane incarne depuis plusieurs décennies l’excellence littéraire africaine. Né à Mbandaka, il quitte le Congo pour la Belgique au moment des turbulences de l’indépendance, avant d’effectuer plusieurs allers-retours entre l’Europe et le Zaïre. Il étudie la communication, travaille dans la publicité à Kinshasa, puis fonde en 1991 sa propre maison d’édition.
Son œuvre, dense et primée, comprend notamment : Pourquoi le lion n’est plus le roi des animaux (Gallimard, 1996), Bibi et les Canards (2000), Mathématiques congolaises (Actes Sud, 2008), Congo Inc. – Le testament de Bismarck (Actes Sud, 2014), La Belle de Casa (Actes Sud, 2018). Bofane est déjà lauréat de plusieurs grands prix, dont le Prix du roman métis et le Prix des cinq continents de la Francophonie.
Au-delà de la consécration personnelle, ce Grand Prix Baobab 2025 entend mettre en lumière les nouvelles dynamiques de la littérature africaine, tout en encourageant la jeunesse du continent à lire, écrire et rêver. Cette victoire confirme une évidence : Jean Bofane In Koli demeure l’une des voix les plus puissantes, les plus audacieuses et les plus nécessaires de la littérature africaine contemporaine.
Elrick Elesse


