Il a parlé sans détour, avec cette voix qui claque comme un avertissement. Ce vendredi, sur l’esplanade de l’Alliance pour le changement, Jean-Marc Kabund a livré un discours à la fois offensif et chargé de symboles, au cœur d’un débat qui agite la scène politique : celui d’un éventuel changement de la Constitution. « Je vous rassure, Tshisekedi ne le fera pas ». La phrase est posée, presque solennelle. Mais derrière cette assurance, se dessine une ligne rouge.
Pour l’ancien cadre de la majorité devenu opposant, toute tentative de révision constitutionnelle en dehors d’un consensus national serait une faute politique majeure. Et il le dit sans détour : « S’ils s’y opposent, nous allons passer à la 4e République sans eux, même par la fenêtre ». Une formule choc, qui traduit à la fois la tension du moment et les fractures profondes qui traversent la classe politique.
Dans ce jeu d’équilibres fragiles, Félix Tshisekedi est directement interpellé. Kabund l’exhorte à inscrire son action dans l’histoire avec dignité : « Félix Tshisekedi doit tout faire pour sortir par la grande porte ». Une manière de rappeler que le pouvoir, en République démocratique du Congo, a souvent été une ligne de crête et que rares sont ceux qui en sont sortis sans heurts.
Pour appuyer son propos, Kabund convoque la mémoire politique du pays. De Joseph Kasa-Vubu à Joseph Kabila, en passant par les séquences plus tourmentées de l’histoire nationale, il esquisse une constante : aucun chef d’État n’a véritablement échappé aux turbulences de la fin de règne. Un rappel historique qui sonne comme une mise en garde. Mais au-delà des formules et des postures, le message central se veut rassembleur : « Le Congo se construit autour d’une table, pas dans les divisions ».
Dans un pays où les réformes institutionnelles ont souvent été synonymes de crispations, Kabund plaide pour le dialogue, le compromis, et surtout, la légitimité collective. Ce meeting, à la fois démonstration de force et tribune politique, marque un retour assumé sur le devant de la scène. Jean-Marc Kabund ne se contente plus de commenter : il se positionne. Et dans un climat où chaque mot pèse, chaque déclaration devient un signal.
Reste à savoir si cet appel à la prudence sera entendu ou s’il ne fera qu’alimenter davantage une séquence politique déjà sous haute tension. Car en RDC, plus que jamais, la Constitution n’est pas qu’un texte : elle est le miroir des ambitions, des peurs et des équilibres d’un pouvoir en mouvement.
JK


