Il aura fallu près d’un siècle pour que la lumière cesse d’être une promesse à Kikwit. Mercredi soir, la ville s’est embrasée d’un éclat nouveau, portée non plus par l’espoir, mais par une réalité longtemps différée : une électricité stable, continue, presque inespérée.

Au cœur de ce basculement, la centrale hydroélectrique de Centrale hydroélectrique de Kakobola, entrée en service 48 heures plus tôt sous l’impulsion du ministre Aimé Sakombi Molendo. Pour la première fois de son histoire, Kikwit est raccordée à un réseau à puissance continue. Un tournant concret, presque irréel, pour une ville habituée aux coupures, aux groupes électrogènes et aux nuits incertaines.
Car Kikwit n’est pas une ville née d’hier. Active dès 1910 comme cité indigène et plateforme stratégique à l’époque de l’État indépendant du Congo, elle a traversé les décennies avec une constance paradoxale : celle d’attendre son heure. Malgré son statut officiel obtenu en 1970 et son rôle régional affirmé, l’accès à une électricité fiable lui échappait encore depuis les années 1930. Une anomalie historique qui vient enfin d’être corrigée.
Aujourd’hui, les conséquences de cette mise en service dépassent largement le symbole. Dans les hôpitaux, les équipements pourront fonctionner sans interruption. Dans les écoles, l’apprentissage pourra s’étendre au-delà du jour. Dans les administrations, la régularité remplacera l’improvisation. Et dans les foyers, une nouvelle forme de confort s’installe, presque silencieuse mais profondément transformatrice.
L’économie locale, elle aussi, entrevoit un nouveau souffle. Les commerces pourront s’étendre, les petites industries émerger, les investissements devenir envisageables. Là où l’instabilité énergétique freinait toute ambition, la continuité ouvre désormais des perspectives.
Mais au-delà de Kikwit, Kakobola raconte une histoire plus grande : celle d’un pays aux ressources hydroélectriques immenses, encore trop souvent sous-exploitées. Cette centrale devient ainsi un signal celui qu’un autre modèle de développement est possible, à condition de conjuguer vision, rigueur et constance.
Dans la lumière qui éclaire désormais Kikwit, il y a plus que de l’électricité. Il y a la fin d’une attente, et peut-être, le début d’un nouvel horizon.
Junior Kulele


