Des bouteilles plastiques qui stagnent dans les rivières aux montagnes de déchets abandonnés dans les rues, Kinshasa fait déjà face à une crise chronique d’insalubrité. Mais un autre phénomène, tout aussi toxique, s’y ajoute : le brûlage à ciel ouvert des pneus usagés, qui recouvre la ville d’un voile noir inquiétant.

Cette pratique, autrefois réservée aux manifestations ou à des actes de contestation, est aujourd’hui devenue monnaie courante. Aux abords du stade des Martyrs, de la 12ᵉ rue à Limete ou encore dans d’autres quartiers populaires, des jeunes mettent volontairement le feu à des pneus pour en extraire les fils de fer. Ces derniers servent à fabriquer des cintres ou sont vendus comme accessoires de braseros à des vendeuses de friperie ou des ménagères. Une activité lucrative, certes, mais aux conséquences environnementales et sanitaires désastreuses.
Chaque pneu brûlé libère dans l’atmosphère une épaisse fumée noire, composée de particules fines, métaux lourds, hydrocarbures aromatiques polycycliques et gaz toxiques, comme le dioxyde de soufre. Selon un rapport de l’INERIS (Institut national de l’environnement industriel et des risques), un kilo de pneus brûlé génère environ 100 grammes de particules polluantes. Ces substances peuvent provoquer des troubles respiratoires, des inflammations chroniques, et accroître les risques de cancer.

Le danger est d’autant plus grand pour les personnes se trouvant à proximité immédiate des foyers de brûlage ou exposées à la fumée portée par le vent. En l’absence de stations de mesure fiables dans la ville, il est aujourd’hui impossible d’estimer avec précision l’élévation du taux de pollution ou la quantité de particules présentes dans l’air. Mais leurs effets sont palpables : suffocation, toux sèche, yeux irrités, et un ciel constamment obscurci.
Cette habitude qui s’installe, sans aucune régulation, dégrade non seulement l’environnement, mais aussi l’image de la capitale congolaise. Autrefois surnommée “Kinshasa la belle”, la ville se transforme peu à peu en une mégapole aux allures macabres, où la fumée, les déchets et la poussière noire dessinent un quotidien suffocant.
Un appel urgent est lancé aux autorités urbaines et environnementales pour interdire strictement cette pratique, sanctionner ses auteurs et mettre en place des alternatives viables pour la récupération des matériaux. Laisser-faire aujourd’hui, c’est hypothéquer la santé de millions d’habitants demain.
Elrick Elesse


