Le dernier rendez-vous discographique de Koffi Olomidé pourrait donc ne pas être une simple conclusion musicale. Le « Grand Mopao » veut terminer son parcours artistique sur une note spirituelle. Sur le plateau de B-one music, il a levé un coin du voile sur ce projet qu’il mûrit depuis quelque temps. « Mon tout dernier album sera un album gospel », a-t-il annoncé, avant de placer la barre très haut : « Ce sera l’un des meilleurs albums gospel congolais de tous les temps, voire du continent. »
Une ambition à la hauteur d’un artiste habitué aux grands rendez-vous. Mais derrière cette déclaration, Koffi Olomidé veut surtout raconter une histoire personnelle. Celle d’un homme qui estime avoir entretenu, bien avant l’essor actuel de la musique chrétienne, une relation particulière avec Dieu à travers ses chansons. L’artiste refuse de présenter cette orientation comme un virage soudain. Selon lui, la spiritualité a toujours traversé une partie de son répertoire.
« À une époque où il n’y avait pas encore cette histoire de soi-disant musiciens chrétiens, moi, je chantais déjà des chansons adressées à Dieu », a-t-il expliqué. Pour Koffi Olomidé, la différence se situe aussi dans l’intention. Il revendique une démarche qui, selon lui, ne répondait pas à une logique commerciale ou à une volonté d’étiquette. « C’était simplement la chanson d’un chrétien », résume-t-il. Une manière pour l’artiste de distinguer la foi vécue de la foi affichée, alors qu’il porte un regard particulièrement critique sur certaines pratiques de l’industrie musicale religieuse.
L’annonce de cet album prend également une dimension testamentaire. Koffi Olomidé évoque les années traversées, les rumeurs sur sa santé et les nombreuses fois où, dit-il, certains l’avaient déjà « enterré ». « Dieu m’a gardé sur terre pendant soixante-dix ans », reconnaît-il. L’artiste raconte avoir été confronté pendant des années à des rumeurs sur son état de santé, qu’il affirme aujourd’hui démentir. Il présente cette longévité comme une grâce et une raison supplémentaire de rendre hommage à Dieu.
Son futur album serait ainsi moins une démonstration artistique qu’un acte de reconnaissance. Koffi Olomidé n’épargne toutefois pas certains musiciens qui revendiquent une appartenance chrétienne. Il dénonce ce qu’il considère comme une marchandisation du nom de Dieu. « Beaucoup de gens font du commerce avec le nom de notre Créateur », déplore-t-il, estimant que cette démarche constitue « un grand péché ».
L’artiste pointe notamment le contraste qu’il perçoit entre le discours religieux et le train de vie de certains acteurs de la musique chrétienne. Une sortie qui risque de susciter des réactions dans une scène gospel congolaise devenue particulièrement influente. Mais Koffi Olomidé assure que sa propre démarche répond à une motivation différente : chanter parce qu’il en ressent le besoin, et non pour construire un marché autour de sa foi.
À 70 ans, Koffi Olomidé semble donc vouloir écrire la dernière page de sa discographie avec une œuvre qui lui ressemble autrement. Après la rumba, les succès populaires, les grandes scènes et les différentes mutations de sa carrière, il veut désormais placer Dieu au centre de son ultime projet. Pas de concept compliqué, dit-il. Pas nécessairement de démonstration.
Si le projet se concrétise comme annoncé, Koffi Olomidé ne quittera donc pas la scène discographique sur un dernier morceau de rumba, mais sur un album de foi. Une manière pour le chanteur de transformer ce qui pourrait être un adieu musical en dernier témoignage artistique : celui d’un homme qui regarde son parcours, mesure le chemin parcouru et choisit de dire merci.
Junior Kulele


