Une soirée de mémoire, d’émotion et de renaissance artistique à la gloire du maître de la musique congolaise. Dix ans après avoir quitté la scène de la vie, le roi de la rumba congolaise continue d’inspirer, de rassembler et de nourrir les rêves les plus audacieux. À Kinshasa, sa ville de cœur, son héritage a pris une dimension nouvelle avec « La Dernière Symphonie », un spectacle qui revisite son immense répertoire à travers une rencontre inédite entre rumba et musique classique.
Dans la Grande Halle de l’Institut français de Kinshasa, quelque 800 spectateurs ont répondu présent à ce rendez-vous exceptionnel, samedi 17 octobre, pour célébrer la mémoire d’un monument dont l’œuvre transcende les générations. Bien plus qu’un concert-hommage, l’événement a donné corps à une ambition artistique : faire dialoguer deux univers musicaux sans sacrifier l’âme de l’un ni la richesse de l’autre.
Le rêve d’un roi, la symphonie d’un héritage
Papa Wemba rêvait de revenir « à la source de la rumba », tout en ouvrant cette musique aux couleurs de l’orchestre symphonique. Ce désir de renouvellement, fidèle à son esprit d’exploration, trouve aujourd’hui un prolongement dans cette création originale. Sous la direction artistique de Patrick Bebey, « La Dernière Symphonie » a fait se rencontrer les cordes des violons, de l’alto et du violoncelle avec les rythmes, les harmonies et les pulsations de la rumba congolaise portés par l’Orchestre Molokaï.
Une alchimie qui offre une nouvelle lecture du patrimoine musical de Papa Wemba, sans en effacer la signature. Sur scène, les voix de Trypa Son, de Vibration Ba Mpema et de Trecy La Cayenne ont porté cette ambition, accompagnées par Patrick Bebey au piano, Mohamed Barry à la guitare, Michel Bass, dit Mr Ngo, à la basse, Junior Kissangwa à la batterie et Vincent Devilliers aux percussions.
Les cordes, assurées notamment par Line Kruse, Lisa Murcia, Anne Berry et Julien Grattard, ont apporté une dimension symphonique à cette célébration. De cette rencontre est née une expérience musicale singulière, où la rumba s’est élevée vers d’autres horizons sans renier ses racines. La musique de Papa Wemba ne s’est pas simplement racontée : elle s’est réinventée.
La présence de Reddy Amisi et des sapeurs a également donné à cette soirée une résonance particulière. Car célébrer Papa Wemba, c’est aussi évoquer une vision de l’artiste dans laquelle la musique, l’élégance, la scène et l’identité congolaise forment un tout indissociable. Figure majeure de la rumba, Papa Wemba avait fait de la SAPE bien davantage qu’un art de s’habiller : une expression culturelle, une affirmation de soi et une manière de porter haut les couleurs de la créativité congolaise.
La présence de ces héritiers de son univers a ainsi rappelé que son influence dépasse largement les frontières du chant. Dans la salle, le public est venu retrouver une œuvre familière, mais aussi la découvrir sous un jour nouveau. Entre mémoire collective et exploration musicale, cette rencontre a rappelé que les grandes œuvres ne restent vivantes qu’à condition d’être transmises, revisitées et partagées.
Produite par Weedoo Publishing, qui revendique la titularité exclusive des droits liés au spectacle, à son nom et à son copyright, « La Dernière Symphonie » s’inscrit dans une démarche de valorisation du patrimoine musical congolais par la création contemporaine. Dix ans après sa disparition, Papa Wemba continue ainsi d’ouvrir des chemins. Sa musique traverse le temps, change de forme et rencontre de nouveaux langages, sans perdre cette empreinte singulière qui a fait de lui l’une des figures les plus marquantes de la culture congolaise.
À Kinshasa, le 17 octobre, les instruments classiques n’ont pas pris la place de la rumba : ils lui ont offert un nouvel écrin. Et dans cette symphonie des héritages, une évidence s’est imposée : certaines voix ne s’éteignent jamais, parce que leur musique appartient désormais à l’éternité. Que la musique résonne. Que vive la musica. Que vive Papa Wemba.
Junior Kulele


