Alors que la transition énergétique mondiale s’accélère, la République Démocratique du Congo (RDC) ne veut plus être le simple « réservoir » du monde. Avec 70 % de la production mondiale de cobalt, le pays tente un pari audacieux : transformer sa richesse géologique en un véritable moteur de développement local par l’industrialisation et la traçabilité.
Dans les allées du dernier salon Mining Indaba à Cape Town en février 2026, un mot était sur toutes les lèvres : transformation. Pour le gouvernement congolais, l’époque où le cobalt et le cuivre quittaient le pays sous forme de minerai brut est révolue. L’objectif est clair : capter la valeur ajoutée là où elle naît.
Le cobalt, composant essentiel des batteries Li-ion, place la RDC au centre d’une bataille géopolitique acharnée entre la Chine, les États-Unis et l’Union Européenne. Pourtant, malgré une position de leader incontesté, le pays a longtemps souffert d’un « paradoxe de l’abondance » : une richesse exportée qui ne ruisselle que trop peu sur les 100 millions de Congolais.
Pour rompre ce cycle, Kinshasa a durci le ton en 2025 avec la mise en place de quotas d’exportation plus stricts pour le cobalt non raffiné. Cette stratégie force les géants miniers à investir dans des infrastructures de traitement locales. Le complexe de Kamoa-Kakula, qui a généré plus de 3,2 milliards USD en 2025, sert désormais de modèle pour cette intégration industrielle.
L’un des plus grands défis reste la gestion des « creuseurs« , ces 200 000 mineurs artisanaux qui opèrent souvent dans des conditions précaires. Un pas historique a été franchi en février 2026 avec la signature d’un accord entre l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) et des groupes industriels comme Eurasian Resources Group (ERG). « La formalisation, ce n’est pas l’exclusion, c’est la protection, » martèle Louis Watum Kabamba, Ministre des Mines.
L’idée est de créer des zones d’exploitation artisanale (ZEA) sécurisées, où le minerai est acheté à un prix juste et tracé dès sa sortie du puits grâce à des technologies de codes QR et de blockchain. Cette « traçabilité éthique » est devenue la condition sine qua non pour racheter une image ternie par des décennies de rapports sur les droits humains. L’ambition ne s’arrête pas au raffinage. En partenariat avec les États-Unis et la Zambie voisine, la RDC avance sur le projet de zone économique spéciale dédiée à la fabrication de composants de batteries.
Toutefois, le chemin reste semé d’embûches. La dépendance excessive aux cours des matières premières (le cuivre frôlant les 14 000 $ la tonne début 2026) et les besoins immenses en infrastructures énergétiques obligent l’État à une gestion rigoureuse. Si la RDC réussit ce tournant, elle ne sera plus seulement le cœur de la batterie mondiale, mais bien le poumon d’une nouvelle économie africaine, verte et souveraine.
Danny Ngubaa Yambushi


