Plus d’un mois après les incidents survenus lors du sit-in organisé par la Coalition Article 64 (C64) à Kinshasa, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) maintient les conclusions de son rapport tout en se disant ouverte à toute nouvelle preuve susceptible d’éclairer les faits. Invité d’un Space sur X animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, le président de la CNDH, Paul Nsapu Mukulu, est revenu sur les principales controverses entourant cette enquête.
Au cœur des débats figure le bilan humain de la manifestation. Alors que l’ECiDé affirme que trois personnes ont perdu la vie et que la CENCO évoque deux décès présumés, la CNDH indique n’avoir obtenu aucun élément matériel permettant de confirmer ces informations. Paul Nsapu a précisé que son institution n’écarte pas définitivement cette hypothèse, mais qu’elle ne peut retenir que des faits appuyés par des preuves vérifiables. Il a assuré que toute nouvelle information documentée ferait l’objet d’investigations complémentaires.
Le cas de David Lompala, présenté comme l’une des victimes par l’ECiDé, illustre cette prudence. Selon le président de la CNDH, les enquêteurs dépêchés à l’adresse communiquée n’ont constaté aucun signe de deuil et les personnes rencontrées n’ont pas reconnu l’identité évoquée. Dans ces conditions, ce décès demeure, selon lui, une allégation non confirmée. Autre point sensible : les détonations entendues pendant la manifestation.
Plusieurs responsables politiques, dont Martin Fayulu et Delly Sessanga, avaient affirmé que des tirs à balles réelles avaient été effectués. La CNDH reconnaît avoir recueilli des témoignages allant dans ce sens, mais affirme qu’aucune expertise technique n’a permis d’identifier l’origine exacte des détonations. L’institution souligne par ailleurs qu’aucun blessé par balle réelle n’a été enregistré dans le cadre de son enquête.
Interrogé sur l’absence d’audition de la « Force du Progrès », régulièrement citée dans les événements du 12 juin, Paul Nsapu a expliqué que les enquêteurs n’ont pas identifié de structure officiellement reconnue ni de représentants habilités à s’exprimer au nom de ce groupe. Il a insisté sur le fait que le rapport ne confirme ni n’infirme la présence de cette organisation sur le terrain. En revanche, les recommandations adressées aux autorités demandent que toute personne impliquée dans des violences, quelle que soit son appartenance politique, fasse l’objet d’enquêtes et, le cas échéant, de poursuites judiciaires.
Répondant aux critiques sur le caractère jugé déséquilibré des recommandations, Paul Nsapu a expliqué que la Police nationale congolaise fait l’objet de recommandations spécifiques en raison de son statut d’institution publique soumise à des obligations légales en matière de maintien de l’ordre et de protection des droits fondamentaux. Selon lui, la CNDH formule ses recommandations en priorité aux institutions légalement constituées, sans pour autant exonérer d’autres acteurs qui pourraient être impliqués dans des actes de violence.
Concernant la décision du gouverneur de Kinshasa de ne pas autoriser le sit-in devant le Palais du Peuple, le président de la CNDH estime qu’elle s’inscrivait dans le cadre légal.
Il s’est référé au Décret-loi n°196, qui permet au gouverneur de proposer un autre lieu de manifestation en concertation avec les organisateurs. Selon lui, deux sites alternatifs avaient été suggérés, mais n’avaient pas été acceptés par les initiateurs de la marche.
Au-delà de la défense de son rapport, la CNDH annonce plusieurs mesures destinées à améliorer la gestion des manifestations publiques. L’institution prévoit notamment de renforcer la présence de ses observateurs sur le terrain, de créer un cadre permanent de dialogue entre les autorités, les organisateurs, la Police et la société civile, ainsi que d’intensifier la formation des forces de l’ordre aux normes nationales et internationales relatives aux droits de l’homme.
À travers ces explications, Paul Nsapu entend défendre la rigueur méthodologique de l’enquête menée par la CNDH, tout en réaffirmant que la recherche de la vérité demeure ouverte, à condition que toute nouvelle affirmation soit étayée par des preuves vérifiables.
La rédaction de b-onetv.cd


