À Kinshasa, le ton est monté d’un cran. Et cette fois, il ne s’agit plus de simples constats, mais d’un ultimatum politique. Lors de la 87ᵉ réunion du Conseil des ministres du 24 avril 2026, le Président Félix Tshisekedi a sonné la fin de la tolérance face à l’exploitation minière illicite. Une pratique longtemps dénoncée, mais désormais qualifiée sans détour de pillage organisé.
Derrière cette fermeté, des faits jugés alarmants. Dans les territoires d’Aru et de Mahagi, en Ituri, mais aussi dans le Bas-Uélé et le Maniema, les signaux sont au rouge. Exploitations anarchiques, usage d’engins lourds, circuits opaques : l’économie souterraine des minerais prospère, loin de tout contrôle étatique. Le diagnostic posé par le gouvernement, relayé par Patrick Muyaya, est sans appel.
Les dérives vont bien au-delà de la fraude économique : profanation de sépultures, destruction de terres agricoles, pollution des nappes phréatiques au cyanure, sans oublier des arrestations arbitraires visant ceux qui osent dénoncer ces pratiques. Un enchaînement de violations qui transforme l’exploitation minière en crise sociale et environnementale. Pour Félix Tshisekedi, il s’agit d’une « spoliation à grande échelle », un système structuré qui brasse des milliards de dollars chaque année sans retombées pour le Trésor public ni pour les communautés locales.
En clair : une richesse nationale qui échappe à la nation. Face à cette réalité, l’heure est à la riposte coordonnée. Autour du ministre des Mines, une mobilisation élargie est désormais exigée. Les ministères de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice et de l’Environnement sont appelés à former un front commun. Objectif : transformer les décisions politiques en actions concrètes sur le terrain.
Le dispositif annoncé se veut dissuasif et opérationnel. Saisie systématique des engins utilisés illégalement, sécurisation des sites miniers, traçabilité renforcée, mais surtout poursuites judiciaires « sans complaisance » contre tous les acteurs impliqués, des exécutants aux réseaux de soutien. Une ligne dure assumée.
Dans cette stratégie, un autre chantier s’impose : le renforcement de l’Inspection générale des mines. Le ministre du secteur est chargé de proposer rapidement des solutions pour doter cette structure des moyens humains, techniques et financiers nécessaires. Car sans contrôle efficace, aucune réforme ne peut tenir. Au fond, cette offensive révèle un paradoxe persistant. La République démocratique du Congo regorge de ressources minières estimées à plusieurs milliers de milliards de dollars, mais peine encore à transformer ce potentiel en richesse collective.
Entre exploitation artisanale incontrôlée et réseaux d’exportation illicite, l’État continue de perdre une part considérable de ses recettes. Le message présidentiel est donc limpide : reprendre le contrôle ou continuer à subir. Et cette fois, Kinshasa semble décidé à ne plus regarder ailleurs.
JK


