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Mobutu : l’héritage d’un État fort face aux défis de la RDC actuelle

13 heures ago
in Politique
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Mobutu : l’héritage d’un État fort face aux défis de la RDC actuelle
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Vingt-neuf ans après sa mort, le nom de Mobutu Sese Seko continue de provoquer un étrange mélange de rejet, de nostalgie et d’interrogations. Le « maréchal-président » reste associé à une longue dictature, au parti unique et à la concentration du pouvoir.

Mais son héritage ne peut se résumer à ces seules pages sombres. Il faut aussi regarder ce que fut le Zaïre dans son rapport à l’État, à l’unité nationale, à l’identité et, surtout, le moment historique où le régime a été contraint d’ouvrir les portes du multipartisme et de la démocratie.

Mobutu arrive au pouvoir en 1965 dans un Congo profondément fragilisé par les crises politiques et les rébellions. Pendant plus de trois décennies, il construit un État extrêmement centralisé, dans lequel le pouvoir présidentiel devient la colonne vertébrale du système. Le MPR, parti unique, encadre la vie politique. La stabilité est érigée en priorité absolue, parfois au prix des libertés publiques.

C’est précisément là que naît l’un des paradoxes de son héritage : Mobutu a voulu maintenir le Congo uni par la force d’un pouvoir central, alors que la démocratie congolaise actuelle tente de préserver cette unité dans le pluralisme. L’autre grande séquence est celle de la Conférence nationale souveraine.

Lorsque Mobutu annonce, le 24 avril 1990, la fin du monopartisme et l’ouverture au multipartisme, le vent de la démocratie souffle déjà sur une Afrique en pleine mutation. La CNS devient alors le grand laboratoire politique d’un pays qui veut tourner la page du parti unique. Pendant des mois, délégués du pouvoir, opposition, société civile, confessions religieuses et forces sociales débattent de l’avenir du pays.

Mais la « recette » mobutiste montre aussi ses limites : ouvrir le jeu politique sans abandonner réellement les mécanismes de contrôle du pouvoir. La transition s’enlise, les institutions s’affaiblissent et l’État se désagrège progressivement. Les pillages de 1991 et 1993 donnent à voir un pays où l’autorité publique ne parvient plus à garantir ni la sécurité ni le fonctionnement normal de l’économie.

Trente-six ans plus tard, le décor a changé, mais certaines questions restent étonnamment familières. La RDC est désormais officiellement une démocratie multipartite. Les élections existent, l’opposition s’exprime, les médias et la société civile occupent l’espace public. Pourtant, la démocratie congolaise reste confrontée à une question fondamentale : comment faire vivre le pluralisme sans fragiliser davantage l’autorité de l’État ?

C’est ici que la comparaison avec le Zaïre devient intéressante, sans pour autant idéaliser Mobutu. Aujourd’hui comme hier, l’unité territoriale demeure au cœur des préoccupations nationales. Mais contrairement à l’époque du « Léopard », cette unité est désormais mise à rude épreuve par les conflits armés dans l’Est, les déplacements de populations, les rivalités politiques et les tensions communautaires.

La nostalgie exprimée par certains Congolais pour le Zaïre ne signifie donc pas nécessairement un désir de retour à la dictature. Elle traduit souvent une frustration contemporaine : le besoin d’un État qui se fait respecter, protège ses citoyens, contrôle son territoire et impose des règles communes. Le paradoxe est saisissant. Mobutu disposait d’un État politiquement verrouillé, mais cet État a fini par s’effondrer de l’intérieur.

La RDC actuelle dispose d’un système politiquement plus ouvert, mais peine encore à transformer cette ouverture en institutions suffisamment fortes pour garantir durablement la sécurité, la justice et l’autorité publique. L’enseignement de l’histoire n’est donc ni de réhabiliter Mobutu ni de l’effacer.

Il est de comprendre ce que son époque révèle de notre rapport au pouvoir. Un pays immense comme la RDC ne peut tenir uniquement par la peur, pas plus qu’il ne peut être consolidé par des élections à elles seules. L’enjeu contemporain est peut-être précisément celui que la Conférence nationale souveraine n’a jamais réussi à résoudre : construire un État suffisamment fort pour préserver l’unité nationale, mais suffisamment démocratique pour ne pas transformer cette force en autoritarisme.

Vingt-neuf ans après la disparition de Mobutu, la véritable question n’est donc plus de savoir si le Zaïre était meilleur que la RDC d’aujourd’hui. La question est de savoir pourquoi, malgré le multipartisme, les élections et les promesses démocratiques, le Congolais continue de chercher dans le passé les signes d’un État fort.

C’est peut-être là que réside le véritable héritage du « maréchal-président » : non pas un modèle à reproduire, mais une histoire qui oblige encore la RDC à choisir entre la force du pouvoir et la force des institutions.

Junior Kulele

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