À des milliers de kilomètres de Kinshasa, la confrontation politique congolaise s’est invitée à Moscou. Face à la diaspora congolaise, le 30 octobre, Félix Tshisekedi a vivement pris à partie son prédécesseur, Joseph Kabila, tout en précisant les contours du dialogue national qu’il entend organiser. Dans une sortie particulièrement offensive, le chef de l’État a révélé que, durant leur période de coalition, Joseph Kabila lui aurait confié ne pas aimer les Rwandais, qu’il accusait d’avoir tué son père, Laurent-Désiré Kabila.
Une confidence rapportée par Félix Tshisekedi, qui s’est également amusé du surnom d’« Ivan le Terrible » attribué par son prédécesseur. En guise de réplique, il estime que celui-ci aurait plutôt dû l’appeler « Tshilombo le Terrible ». Le président n’a pas épargné le bilan de l’ancien régime. Il accuse Joseph Kabila de s’être considérablement enrichi au pouvoir et d’avoir affaibli l’armée congolaise. Des charges politiques qui ravivent le face-à-face entre les deux anciens partenaires, désormais engagés dans une opposition frontale.
Mais c’est surtout sur le dialogue national que Félix Tshisekedi a affiché sa fermeté. Les concertations, a-t-il prévenu, se feront avec ceux qui n’ont « rien à voir avec le Rwanda ». Les participants potentiels devraient, selon lui, dénoncer leur passé et rompre tout lien avec Kigali. Une exigence qui soulève déjà la question des limites de l’inclusivité, alors que plusieurs voix politiques plaident pour des assises ouvertes afin de sortir le pays de la crise.
Le chef de l’État a également rejeté les accusations de dictature, affirmant que le militant Manassé Lomboto était mort de maladie. Une version qui intervient dans un contexte de controverses autour du décès de ce militant, survenu après la marche de l’opposition du 15 septembre à Kinshasa, et de demandes d’enquête. Tshisekedi a, enfin, balayé les prétentions de l’opposition, qu’il a qualifiée de « faible ».
À Moscou, le message présidentiel est donc sans équivoque : pas de dialogue sans rupture préalable avec Kigali. Mais à mesure que les conditions se précisent, une interrogation demeure : quelle place restera-t-il aux voix qui ne partagent pas les lignes rouges du pouvoir ?


