Les rues de Goma, Beni et d’autres villes du Nord-Kivu accueillent chaque jour un nombre croissant d’enfants contraints d’y survivre. Déplacés par les combats, orphelins, abandonnés ou poussés par l’extrême pauvreté, ces jeunes, souvent appelés « shégués », sont aujourd’hui des victimes directes de l’instabilité qui ronge l’est de la République Démocratique du Congo.
Selon Médecins Sans Frontières, près de 800 enfants souffrant de malnutrition sévère sont admis chaque mois dans la seule région de Masisi, révélant l’ampleur de la crise humanitaire. La recrudescence des violences, notamment avec la résurgence du M23, a transformé de nombreux villages en zones de guerre. Les familles fuient, les écoles ferment, les structures sociales s’effondrent. Dans ce chaos, des milliers d’enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes, souvent sans la moindre protection.
« Beaucoup perdent leurs parents ou se retrouvent séparés d’eux lors des déplacements. D’autres sont contraints d’abandonner l’école à cause du coût élevé des frais de scolarité », explique un acteur humanitaire sur le terrain.
La rue devient alors leur seul refuge – un refuge précaire, dangereux et souvent inhumain. La vie dans la rue expose ces enfants à de multiples formes de violence : vols, agressions, exploitation sexuelle, consommation de drogues, prostitution forcée ou recrutement par des groupes armés.
Privés d’un toit, mal nourris, sans accès aux soins de santé, ils deviennent également des proies faciles pour les maladies, les troubles psychologiques et la criminalité. Face à cette détresse, plusieurs organisations nationales et internationales tentent d’apporter une réponse. La MONUSCO a déjà permis de séparer des centaines d’enfants de tentatives de recrutement militaire. Street Child / Save the Children intervient avec des espaces d’écoute, des kits scolaires, un accompagnement psychosocial et de l’eau potable.
Comfort Congo, à travers son projet Street Kids Rescue, offre hébergement, repas, soins médicaux et éducation à plus d’une centaine d’enfants. De son côté, l’UNICEF, en partenariat avec des ONG locales, organise des maraudes humanitaires, des soins nutritionnels et des campagnes de sensibilisation à la santé mentale.
Psychologue scolaire à Beni, Rodriguez Mapilanga accompagne depuis plusieurs années ces enfants fragilisés par la guerre. Témoins ou victimes de scènes de violence, ils développent des traumatismes complexes qui nécessitent un suivi spécialisé. « Il ne suffit pas de les nourrir ou de les loger. Ces enfants ont besoin d’écoute, de stabilité, d’un encadrement psychologique et d’un accès durable à l’éducation », affirme-t-il.
Il plaide pour : La réouverture des écoles fermées dans les zones affectées ; Le renforcement des centres d’accueil et des formations pour enseignants en matière de prise en charge psychosociale ; La mobilisation des ONG et bailleurs pour assurer l’accès aux uniformes, repas et fournitures scolaires.
À Beni comme à Goma, la situation est critique. Si les efforts de la société civile sont notables, ils restent largement insuffisants face à l’ampleur de la crise. Les autorités, les partenaires humanitaires et la communauté internationale sont appelés à agir de manière urgente, coordonnée et durable. « L’école reste la meilleure protection pour ces enfants. La rue ne doit pas devenir leur destin », conclut Rodriguez Mapilanga.
Pascal Nduyiri – Envoyé spécial à Beni


