Un cri d’alarme retentit depuis le Nord-Kivu. Réunis ce samedi à Oicha, les représentants de la société civile provinciale ont dressé un tableau alarmant de la situation sécuritaire et humanitaire dans la région, évoquant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis en toute impunité.
Dans leur déclaration publique, les acteurs de la société civile dénoncent une série d’exactions : tortures, assassinats, massacres ciblés, enrôlement forcé dans les groupes armés, incendie d’écoles et de centres de santé, viols, enlèvements, menaces contre les défenseurs des droits humains — autant d’horreurs qui rythment le quotidien de milliers de civils.
Dans le territoire de Beni, si l’on note une relative baisse des attaques attribuées aux ADF depuis janvier 2025, cette accalmie reste fragile. La société civile déplore l’absence d’une stratégie claire ou d’une réponse coordonnée des autorités. Des incursions sporadiques et meurtrières continuent de semer la terreur. À cela s’ajoute une autre forme de violence silencieuse : des cas d’exploitation et d’abus sexuels sur des jeunes filles déplacées, notamment celles venues du Petit Nord, sont signalés jusqu’en ville de Beni, révélant l’ampleur du drame vécu par les populations les plus vulnérables.
La situation est tout aussi critique à Goma, où le mouvement rebelle M23 est accusé d’avoir tué plus de 9 600 civils entre janvier et mai 2024, selon les chiffres avancés par la société civile. Des milliers d’autres auraient été blessés ou déplacés dans des conditions inhumaines. Face à cette spirale de violences, la société civile du Nord-Kivu appelle à l’unité des forces vives du pays. Elle exhorte le gouvernement congolais, la communauté internationale, l’Union africaine et les Nations unies à intervenir sans délai pour rétablir la sécurité et la dignité humaine dans la région.
« Le Nord-Kivu ne doit pas être abandonné », a déclaré Maître Pépin Kavotha, porte-parole de la société civile de Beni. À travers un plaidoyer fort, il appelle à des actions concrètes, coordonnées et durables pour mettre fin aux atrocités.
La déclaration de ce 14 juin est perçue comme un tournant dans la mobilisation citoyenne. Au-delà des mots, elle interpelle les consciences et les décideurs. Car au Nord-Kivu, l’urgence n’est plus à démontrer : elle se vit, chaque jour, dans la chair des survivants.
Pascal Nduyiri, correspondant au Nord-Kivu


