Après cinq jours d’occupation, les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise, se sont retirés de Kasugho, une localité stratégique de 21 000 habitants située au pied de la réserve des gorilles de Tayna, à 45 kilomètres à l’ouest de Lubero-centre. Ce retrait, survenu dans la nuit du jeudi 7 mars, s’est fait sans affrontement. Les rebelles ont pris la direction de Bunyatenge, une zone située à six heures de marche, connue pour ses mines d’or.
Selon le site Actualité.cd, un habitant, qui a requis l’anonymat , les rebelles du M23 ont pillé plusieurs biens avant de quitter la localité. « Le matin, les habitants ont constaté que les rebelles n’étaient plus dans la localité. Mais avant de partir, ils ont commis un pillage, notamment à la radio Tayna et dans des boutiques. Kasugho a été totalement pillé », a-t-il déploré.
Toujours selon le site Actualité.cd, le fonctionnaire délégué de l’État à Kasugho, Paluku Kuliumbwa, a confirmé ces faits et dénoncé les exactions économiques subies par la population locale.
À l’annonce du retrait du M23, les miliciens Wazalendo, qui s’étaient repliés dans les environs, sont revenus à Kasugho. Sur place, ils ont intercepté un homme armé en état d’ivresse, identifié comme un combattant du M23, et l’ont abattu, selon plusieurs sources locales.
Cependant, l’identité des forces contrôlant actuellement la localité reste floue. Si certaines sources de la société civile affirment que l’armée ougandaise (UPDF) a pris le relais sur l’axe Lubero-centre-Kasugho, l’autorité locale Paluku Kuliumbwa assure que ce sont les Wazalendo qui tiennent Kasugho. « Les militaires de l’UPDF ne sont pas encore à Kasugho. Ils sont à Kagheri (15 km de Kasugho). Ce sont les Wazalendo qui contrôlent la localité », a-t-il précisé.
Les raisons exactes du retrait du M23 restent incertaines. Toutefois, certaines analyses suggèrent que cette décision pourrait être liée aux pressions exercées par l’Ouganda. En effet, le chef d’état-major ougandais, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, avait récemment déclaré sur X (ex-Twitter) que les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise, devaient se retirer d’au moins 20 km au sud de leurs positions actuelles à Lubero (Kitsombiro, Kipese, Kasugho) afin de libérer les zones sous influence ougandaise.
Si le retrait du M23 de Kasugho peut sembler être une avancée, leur redéploiement vers Bunyatenge soulève de nouvelles inquiétudes. Cette région abrite d’importantes mines d’or et se trouve à proximité de Mbwavinywa, le quartier général du groupe Wazalendo FPP/AP, dirigé par le général autoproclamé Kabidon. Ce groupe est l’un des plus structurés du Nord-Kivu et constitue un allié clé du gouvernement congolais.
Bunyatenge offre également un accès stratégique à Kirumba et Kayna, via Luofu, en direction de Kanyabayonga, une zone charnière entre les territoires de Lubero et Rutshuru. Cette situation laisse présager de nouveaux affrontements entre les rebelles du M23 et les forces Wazalendo, voire une montée des tensions avec l’armée ougandaise.
L’évolution du conflit dans cette zone reste incertaine, et la population locale demeure la première victime de ces jeux géopolitiques et militaires.
La rédaction de b-onetv.cd


