La réouverture imminente de l’aéroport international de Goma, annoncée ce jeudi par le Président français Emmanuel Macron, a suscité une vive réaction du Rwanda, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe. Alors que cette initiative vise, selon Paris, à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et à désenclaver les populations de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), Kigali estime que la décision a été prise « sans concertation préalable » et en dehors du cadre des discussions de Doha.
« Cet aéroport est actuellement occupé par des autorités de fait. Toute décision le concernant doit se prendre dans le cadre des négociations de Doha, et non à Paris », a déclaré le chef de la diplomatie rwandaise dans un communiqué relayé par les médias régionaux. L’annonce du Président Macron est intervenue en marge de la Conférence internationale sur la crise humanitaire dans l’Est de la RDC, organisée à Paris, en présence du Président congolais Félix Tshisekedi, de représentants américains, qataris et de l’Union africaine.
Selon l’Élysée, la réouverture de l’aéroport de Goma – fermé depuis plusieurs mois à cause des combats opposant les Forces armées de la RDC (FARDC) aux rebelles du M23/AFC – permettra de faciliter la distribution de l’aide internationale, d’évacuer les blessés et de relancer partiellement les activités économiques dans la région. « La réouverture de Goma est une nécessité humanitaire et un geste de solidarité envers les populations congolaises piégées par la guerre », a déclaré Emmanuel Macron.
Cette décision a été saluée par Kinshasa, qui y voit un soutien concret de la France aux efforts visant à stabiliser l’Est du pays et à rétablir les services essentiels dans une région durement affectée par les violences. Mais à Kigali, la sortie du président français a provoqué une réaction immédiate. Pour Olivier Nduhungirehe, le Rwanda considère que toute mesure concernant Goma, actuellement sous la menace du M23/AFC, doit être discutée dans un cadre multilatéral incluant toutes les parties prenantes, notamment les groupes armés impliqués dans les processus de paix.
« Le M23 n’était pas représenté à Paris. Comment peut-on prendre des décisions sur le terrain sans impliquer ceux qui le contrôlent de fait ? », a-t-il ajouté, dénonçant ce qu’il qualifie d’« approche déséquilibrée » de la crise congolaise.
À Kinshasa, les autorités ont vivement réagi à la position rwandaise. Pour un haut responsable congolais cité par la presse présidentielle, les propos de Kigali traduisent une volonté manifeste d’entretenir l’occupation de Goma et de saper les efforts humanitaires. « L’aéroport de Goma est un bien national de la République démocratique du Congo. Il n’appartient ni au Rwanda ni à un groupe armé illégal. Sa réouverture relève exclusivement de la souveraineté congolaise », a déclaré ce responsable sous couvert d’anonymat.
Le ministère congolais des Affaires étrangères a par ailleurs réaffirmé que la RDC n’acceptera jamais une médiation qui légitime la présence du M23/AFC sur son territoire. La réouverture de l’aéroport de Goma, si elle se concrétise, pourrait constituer un tournant stratégique dans la réponse humanitaire dans le Nord-Kivu. Elle permettrait de rétablir une liaison aérienne vitale pour les agences humanitaires, alors que des centaines de milliers de déplacés vivent dans des camps autour de la ville.
Cependant, cette décision risque d’accentuer les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Kigali, dans un contexte où les efforts de paix menés à Doha et Washington peinent encore à produire des résultats tangibles. « Entre volonté humanitaire et bras de fer diplomatique, la réouverture de l’aéroport de Goma devient désormais un symbole de la bataille d’influence autour de la crise congolaise », commente un diplomate africain présent à Paris.
Junior Kulele


