L’Union sacrée de la Nation (USN) a officiellement déposé, le jeudi 6 novembre 2025, la candidature d’Aimé Boji Sangara au poste de président de l’Assemblée nationale. Ce dépôt marque une nouvelle phase dans la recomposition du pouvoir législatif après la démission de Vital Kamerhe, mais il révèle également les tensions et équilibres fragiles au sein de la majorité présidentielle.
Désigné candidat unique de la majorité par « consensus » selon André Mbata, secrétaire permanent de l’USN, Aimé Boji apparaît comme le choix de la stabilité. Proche du président Félix Tshisekedi et figure expérimentée du camp présidentiel, il incarne la volonté de maintenir la cohérence de la majorité et d’assurer la continuité institutionnelle dans un contexte politique chargé. Son profil n’est pas anodin : ancien ministre du Budget et acteur clé du gouvernement Sama Lukonde, Aimé Boji a été un articulateur du cadrage budgétaire et de la discipline financière du pays. Sa candidature traduit donc un signal : la présidence de la chambre basse ne doit pas seulement être un poste d’influence politique, mais aussi un instrument de stabilité et de rigueur institutionnelle à l’approche des grandes réformes prévues en 2026.
Malgré le ton officiel d’unité affiché par l’Union sacrée, la désignation d’Aimé Boji n’a pas fait l’unanimité. Plusieurs députés, notamment parmi les alliés récents du pouvoir, ont dénoncé une procédure fermée, estimant que le choix aurait dû passer par un vote démocratique au sein du groupe majoritaire plutôt que par un accord politique restreint. Des voix internes évoquent également la question de sa réintégration comme député, intervenue après sa démission du gouvernement. Certains élus y voient une entorse au principe d’équité parlementaire, craignant que cette démarche ne crée un précédent. Ces contestations reflètent un malaise latent au sein de l’USN, entre les fidèles du chef de l’État et les alliés périphériques qui redoutent une concentration du pouvoir autour du cercle présidentiel. Pour le président Félix Tshisekedi, ce choix dépasse le simple cadre parlementaire.
Il s’agit de sécuriser la cohésion politique de la majorité dans un moment crucial, marqué par plusieurs défis : La poursuite du programme de développement local des 145 territoires ; Le suivi des réformes institutionnelles engagées depuis 2023 ; Et surtout, la préparation de la seconde moitié du quinquennat, où la gestion du Parlement sera essentielle pour faire adopter des textes-clés. Aimé Boji, réputé loyal et pragmatique, offre à la présidence de la République un relais sûr dans une Assemblée parfois difficile à manœuvrer.
La démission de Vital Kamerhe, désormais tournée vers d’autres horizons politiques, a laissé un vide symbolique. Sa présidence, marquée par un effort de discipline et de dialogue, aura été un moment de stabilisation après les turbulences de 2024. L’arrivée possible d’Aimé Boji ouvre une nouvelle ère : celle d’un Parlement plus technocratique, moins charismatique mais plus fonctionnel. En parallèle, le poste de rapporteur adjoint, promis à l’opposition, constitue une ouverture institutionnelle destinée à préserver l’équilibre démocratique.
Le bureau de l’Assemblée nationale a publié un calendrier serré : Du 4 au 7 novembre (10h–18h) : dépôt des candidatures ; 8 novembre : examen des dossiers par la commission spéciale ; 10 novembre : publication des candidatures retenues ; 11 et 12 novembre : campagne électorale ; 13 novembre (à partir de 13h) : séance plénière, messages des candidats, élection et installation du nouveau président et du rapporteur adjoint.
Un processus qui, s’il se déroule sans heurts, devrait confirmer la victoire d’Aimé Boji. Mais dans les couloirs du Palais du peuple, le mot d’ordre reste la prudence : dans la majorité, les fractures ne sont jamais très loin des consensus annoncés. Le cas Boji illustre une tension structurelle propre à la majorité présidentielle congolaise : comment concilier l’autorité du chef de l’État et la vitalité démocratique de ses soutiens ? L’Union sacrée, vaste coalition composite, repose sur un équilibre instable entre partis historiques, mouvements récents et ambitions individuelles.
L’élection du nouveau président de l’Assemblée nationale sera donc bien plus qu’un simple exercice institutionnel : ce sera un test de cohésion, une mesure du degré de discipline politique autour de Félix Tshisekedi, mais aussi un indicateur de la maturité démocratique d’une majorité qui devra apprendre à gérer ses différences sans briser son unité.
Junior Kulele


