La capitale congolaise s’est réveillée sous haute tension ce mardi, jour attendu du verdict de la Cour de cassation dans le procès de Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice. Accusé de détournement de 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani, Mutamba était devenu le symbole d’une lutte annoncée contre la corruption. Mais ce jour de justice a pris des allures de bras de fer politique.
Dès les premières heures de la matinée, la résidence de Mutamba, située dans l’ouest de Kinshasa, était encerclée par des forces de sécurité lourdement armées. Des pick-up de la police et des jeeps militaires stationnées à proximité donnaient le ton : la journée serait électrique.

Ses partisans, venus nombreux pour soutenir l’ancien ministre, ont rapidement convergé vers le quartier. Les slogans « Justice pour Mutamba » et « Non aux procès politiques » résonnaient. Mais l’atmosphère a viré à la confrontation : des tirs de sommation et des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser la foule.
Dans d’autres coins de la capitale, notamment Macampagne et Tshangu, des échauffourées ont éclaté entre manifestants et forces de sécurité. Plusieurs témoins évoquent des arrestations, tandis que les réseaux sociaux se sont enflammés, faisant circuler des images de véhicules blindés et de policiers anti-émeutes.
Aux alentours de 10 heures, le convoi de Constant Mutamba a quitté son domicile. Une jeep blindée, escortée par des militaires, fendait la foule, direction la Cour de cassation. Le dispositif sécuritaire autour du tribunal était impressionnant : barrages filtrants, fouilles systématiques, et présence visible d’unités d’élite.

À l’intérieur, l’ambiance était tout aussi lourde. Les médias privés ont été largement tenus à l’écart, seuls quelques journalistes accrédités ont pu pénétrer dans la salle d’audience. Le huis clos partiel a renforcé les spéculations et alimenté les critiques d’une justice « sous influence politique ».
La Cour de cassation a entendu une dernière fois les avocats de la défense, qui ont dénoncé des charges « montées de toutes pièces » et rappelé « l’absence de preuves matérielles ». De son côté, le ministère public a réaffirmé ses réquisitions : 10 ans de travaux forcés et restitution des fonds détournés. L’audience a duré plus d’une heure. Dans les couloirs, la tension était palpable. Les murmures des observateurs faisaient état de pressions politiques et de divisions au sein de l’appareil judiciaire.

En début d’après-midi, le verdict est tombé : 3 ans de travaux forcés, 5 ans d’inéligibilité et d’interdiction de voter, interdiction d’exercer une fonction publique, privation de libération conditionnelle et restitution des 19 millions USD. Cette peine, jugée « clémente » par certains au regard du montant en jeu, n’en reste pas moins un coup dur pour Constant Mutamba, figure politique influente. Son avenir politique semble désormais compromis. À la sortie du tribunal, l’ancien ministre a été immédiatement placé en garde à vue au commissariat provincial de Kinshasa. Il devrait être transféré dans les prochains jours vers la prison centrale de Makala ou placé en résidence surveillée.
Ce procès, au-delà de sa portée judiciaire, révèle les fractures politiques du pays. Pour les partisans de Mutamba, il s’agit d’une manœuvre pour éliminer un rival politique gênant. Pour les autorités, cette condamnation envoie « un signal fort contre l’impunité » dans un pays miné par la corruption. La symbolique est forte : pour la première fois, un ex-ministre de la Justice est condamné par la Cour de cassation, signe d’une volonté affichée de réforme. Mais l’usage massif des forces de sécurité et les affrontements en marge du procès risquent d’accentuer le climat de méfiance vis-à-vis des institutions.

Mardi 2 septembre 2025 restera comme un jour charnière : celui où Kinshasa a vu un ancien ministre de la Justice passer de son fauteuil ministériel aux bancs des accusés, sous escorte militaire. Si la justice a tranché, les divisions politiques et sociales qu’a mises au jour ce procès ne sont pas près de s’apaiser. Pour beaucoup, l’affaire Mutamba est moins un simple dossier de corruption qu’un miroir des tensions politiques qui secouent la République démocratique du Congo.
Junior Kulele


