Le procès du général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la 2ᵉ région militaire au Haut-Katanga puis de la 3ᵉ zone de défense des FARDC, s’est poursuivi mardi 6 janvier 2026 devant la Haute Cour militaire à Kinshasa. L’audience a été marquée par une confrontation frontale entre le parquet général militaire et la défense, dans un climat de forte tension judiciaire.
Prenant la parole au nom du ministère public, le lieutenant-général magistrat Lucien René Likulia a demandé à la Haute Cour de rejeter l’ensemble des moyens soulevés par les avocats du prévenu. Selon lui, aucune justification légale ne permettrait ni une libération pour raison médicale, ni la reconnaissance d’une détention irrégulière. « Vous allez dire recevables les moyens présentés à la barre, mais les déclarer non fondés, les rejeter et poursuivre l’instruction », a-t-il requis.
Le parquet estime ainsi que la procédure a été conduite conformément à la loi et que les arguments avancés par la défense ne sauraient entraver la poursuite du procès.
La défense dénonce une détention arbitraire
En réponse, les avocats du général Yav, conduits par Maître Parfait Kanyanga, ont vivement contesté la position du ministère public. Dans un mémoire unique déposé devant la Haute Cour militaire, la défense a dénoncé ce qu’elle qualifie de graves violations de la loi et des droits fondamentaux.
« Le parquet général militaire a violé la loi en gardant en détention notre client pendant plus de trois ans. C’est inacceptable », a plaidé Maître Kanyanga, appelant la Cour à ordonner la mainlevée immédiate de la détention préventive.
Selon une source proche de la plus haute juridiction militaire, les avocats du général Yav ont soulevé plusieurs exceptions majeures, notamment : l’incompétence de la Haute Cour militaire à juger leur client ; l’absence d’autorisation préalable du Président de la République pour engager les poursuites ; le caractère arbitraire de l’arrestation ; l’atteinte à la dignité du prévenu ; des procès-verbaux dressés en violation de la loi. La défense a également sollicité l’écartement des débats des procès-verbaux contestés et demandé que la juridiction se déclare incompétente.
Le général Philémon Yav Irung est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec l’entourage de James Kabarebe, figure centrale de l’appareil sécuritaire rwandais. Réaffecté en 2020 dans l’est de la RDC, il commandait la troisième zone de défense, une zone stratégique couvrant le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo.
Arrêté en septembre 2022, son procès s’ouvre près de trois ans plus tard, dans un contexte sécuritaire régional particulièrement sensible.
À l’interface entre enjeux militaires, souveraineté nationale et respect des droits fondamentaux, cette affaire suscite une attention particulière. La décision que rendra la Haute Cour militaire est désormais très attendue, tant par les milieux judiciaires que par l’opinion publique congolaise.
La rédaction de b-onetv.cd


