L’ouverture du procès de Roger Lumbala, ancien chef rebelle congolais, devant la Cour d’assises de Paris, a viré au bras de fer judiciaire dès les premières minutes. L’ancien député et ministre a choisi la rupture totale : il a récusé la cour, rejeté ses propres avocats et déclaré son refus de comparaître. « Je considère que la France est non compétente pour me juger. Je récuse mes avocats, je récuse d’être représenté par un autre avocat, et je refuse de comparaître », a lancé Roger Lumbala, avant de conclure, cinglant : « Faites la justice française comme vous voulez. »
Cette déclaration tonitruante a plongé la salle d’audience dans la stupeur. Quelques instants plus tard, la cour a dû suspendre brièvement la séance, le temps d’organiser le retrait de l’accusé. Son équipe de défense, menée par Me Tshibangu Kalala, a aussitôt plaidé pour son extradition vers la RDC, estimant que la justice française outrepasse ses prérogatives. « Vous ne pouvez pas poursuivre quelqu’un pour crimes contre l’humanité à 8 000 kilomètres de son pays, sans témoin direct ni victime présente », a martelé l’avocat congolais, dénonçant une procédure “inéquitable”.
Roger Lumbala Tshitenga, figure controversée du paysage politique congolais, fut le leader du Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD-N), un mouvement armé impliqué dans la Seconde Guerre du Congo (1998–2003). Il est accusé de complicité de crimes contre l’humanité : meurtres, tortures, viols, pillages et réductions en esclavage commis entre 2002 et 2003, lors de l’opération tristement célèbre « Effacer le tableau » dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Cette opération, selon les enquêtes, visait à éradiquer des groupes ethniques, notamment les Mbuti et les Nande, à travers des massacres systématiques, des violences sexuelles de masse et même des cas documentés de cannibalisme forcé. Les faits reprochés à Lumbala sont réprimés par plusieurs articles du Code pénal français et relèvent de la compétence universelle, un principe permettant à la justice française de juger des crimes de droit international, même commis à l’étranger. L’ancien ministre encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Pour les organisations de défense des droits humains, ce procès marque une étape cruciale dans la lutte contre l’impunité. Amnesty International et plusieurs ONG congolaises saluent la portée symbolique de cette procédure, la première du genre visant un ressortissant congolais pour des crimes commis pendant la guerre. « Ce procès est une avancée majeure : il donne une voix aux victimes et rappelle que les crimes de guerre ne connaissent pas de frontières », a déclaré un représentant d’Amnesty International.
Malgré les controverses, le procès Roger Lumbala s’impose déjà comme un moment charnière dans l’histoire judiciaire des crimes commis en Afrique centrale. À Paris, la cour devra désormais poursuivre les débats en l’absence de l’accusé, désormais muet face à une justice qu’il conteste. Mais pour les victimes, ce silence forcé pourrait enfin laisser place à la vérité.
Junior Kulele


