Le désormais ex-ministre d’État en charge de la Justice, Constant Mutamba, a officiellement quitté le gouvernement de Judith Suminwa, quelques heures seulement après que l’Assemblée nationale a autorisé des poursuites judiciaires à son encontre. Dans une lettre de démission adressée au président Félix Tshisekedi, le leader de la DYPRO dénonce un « complot politique » dont il attribue la paternité au régime rwandais et à ses alliés du mouvement rebelle AFC/M23.
« En tant que républicain respectueux de la Constitution et des lois de notre pays, je vous remets ce jour, non sans regret, ma démission pour faire face à ce complot politique revendiqué par le ministre rwandais des Affaires étrangères — qui a jubilé à travers un tweet — ainsi que par les responsables de l’AFC/M23, dont l’objectif ultime est d’obtenir mon élimination physique », écrit-il dans sa correspondance datée du 17 juin.
Mutamba est au cœur d’une affaire de détournement de fonds publics liée à un projet de construction d’une prison à Kisangani. Les ressources impliquées dans ce dossier provenaient d’un fonds d’indemnisation destiné aux victimes des guerres menées par l’Ouganda et le Rwanda en RDC au début des années 2000. Il est également soupçonné d’avoir violé les règles de passation de marchés publics en recourant à une procédure de gré à gré jugée irrégulière.
Mais pour l’ancien ministre, ces poursuites sont politiquement motivées. Il se décrit comme un fervent patriote engagé dans la lutte contre les responsables du M23, et voit dans ses démêlés judiciaires une tentative de sabotage interne orchestrée de l’extérieur : « Ce complot ne vise pas uniquement ma personne, mais cherche à désorganiser la riposte gouvernementale face à l’agression rwandaise, et à bloquer les réformes internes en cours », affirme-t-il.
Mutamba parle même d’une tentative d’élimination physique, évoquant plusieurs menaces contre sa vie. Il y voit un « coup de poignard dans le dos », au moment où, selon lui, ses actions au ministère de la Justice commençaient à porter des fruits tangibles. Dans sa lettre, le président de la DYPRO n’a pas manqué de rappeler les réformes engagées sous son leadership, qu’il qualifie de « structurantes » et « palpables », bien qu’il n’en donne pas les détails dans ce courrier.
Malgré sa sortie du gouvernement, Mutamba promet de ne pas abandonner la lutte contre les antivaleurs, se disant toujours « soldat du Président de la République », tout en gardant une posture critique vis-à-vis de l’environnement politique et institutionnel qui l’a, selon lui, abandonné.
Cette démission retentissante intervient dans un contexte de fortes tensions sécuritaires et diplomatiques entre la RDC et le Rwanda, et de fractures politiques internes dans le camp présidentiel. Si certains y voient une manœuvre pour écarter un ministre devenu trop exposé, d’autres estiment que la justice doit aller jusqu’au bout.
Quoi qu’il en soit, le cas Constant Mutamba illustre une nouvelle fois la complexité des rapports entre pouvoir, justice et enjeux géopolitiques dans une RDC en quête de stabilité.
Emille Kayomba

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