Il disait avec fierté : « Moi, je suis né avec le dessin. Personne ne me dépasse. » Et il avait raison. Chéri Chérin, de son vrai nom Joseph Kinkonda, s’en est allé, laissant derrière lui un vide immense, une palette orpheline, et un pays ému par la disparition d’un de ses plus grands conteurs visuels.

Né à Kinshasa, Chéri Chérin n’a jamais trahi ses origines ni son inspiration : le peuple. Sur ses toiles, il a peint la rue, la débrouille, les joies, les douleurs et les contradictions de la société congolaise. Son art n’était pas une simple représentation : c’était une chronique vivante, une satire colorée, un cri d’amour et de vérité.
Loin des galeries aseptisées, ses œuvres vibraient du tumulte de Kinshasa. Les marchés, les bars, les salons de coiffure, les rêves et les désillusions des Kinois… tout passait sous le regard lucide et bienveillant du maître. Chéri Chérin savait transformer le quotidien en épopée et les visages ordinaires en symboles d’un peuple debout.

Son talent a rapidement dépassé les frontières. Dans les expositions internationales comme dans les reportages télévisés — notamment son passage mémorable sur TV5 Monde — il a fait rayonner la peinture populaire congolaise, aux côtés de ses illustres pairs Moké et Chéri Samba. Mais Chéri Chérin avait cette touche unique : une ironie tendre, une maîtrise absolue de la narration visuelle, et ce sens inné du détail qui rendait chaque œuvre profondément humaine.
Sa disparition est une perte nationale, un deuil pour la culture congolaise. Pourtant, ses couleurs ne s’éteindront jamais. Elles continueront de vivre dans les ateliers de Bandalungwa, sur les murs de Kinshasa, dans les regards des jeunes artistes qu’il a inspirés. Car Chéri Chérin n’était pas qu’un peintre. Il était une école à lui seul, un philosophe du pinceau, un poète de la couleur.

« La peinture populaire congolaise perd un pilier », diront les critiques. Mais au-delà des mots, le peuple retiendra le sourire du maître, son humilité et sa certitude tranquille. L’œuvre de Chéri Chérin est éternelle. Son nom, inscrit à jamais dans la grande fresque de l’histoire culturelle du Congo. The GOAT, la Légende, l’Icône, la valeur sûre de l’art congolais, le Maître a disparu mais ses couleurs ne s’effaceront jamais.
Junior Kulele


