Informer ne devrait jamais exposer à la peur, encore moins coûter la liberté ou la vie. En République démocratique du Congo, où exercer le métier de journaliste demeure particulièrement périlleux dans les zones en proie aux conflits armés, le gouvernement annonce vouloir renforcer les dispositifs de protection des professionnels des médias.
Cette volonté a été exprimée lundi 2 novembre, à Kinshasa, lors de la présentation du rapport annuel 2026 de l’organisation Journaliste en Danger (JED), organisée à l’hôtel Memling. Représentant le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, en déplacement, son directeur de cabinet, Nicolas Lianza Likwale, a reconnu la persistance des menaces qui pèsent sur la profession : intimidations, arrestations arbitraires, pressions et atteintes à la liberté d’informer.
Face à ce tableau préoccupant, l’exécutif entend notamment consolider le mécanisme d’alerte et de protection initié par JED. L’objectif affiché est d’améliorer la collaboration entre les institutions publiques et les organisations professionnelles, afin de prévenir les violations et d’apporter une réponse plus efficace aux journalistes en situation de danger.
Autre chantier annoncé : la modernisation de la carte d’identification professionnelle. Le ministère prévoit un accompagnement technique de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) dans la numérisation de ce document, avec l’ambition de mieux identifier les véritables professionnels des médias et de faciliter leur prise en charge en cas de menace.
Ces engagements s’inscrivent dans le prolongement de la Table ronde nationale Médias-Justice-Sécurité du 12 octobre dernier. Trois axes avaient alors été retenus : la responsabilité éditoriale et pénale, l’identification des journalistes et leur protection. Les recommandations, présentées au Conseil des ministres le 23 octobre, attendent encore leur traduction en actions concrètes.
La rencontre a également mis en lumière un autre front de bataille : celui de la désinformation sanitaire. Sous le thème de la lutte contre les rumeurs autour d’Ebola, les échanges ont souligné le rôle déterminant des médias, particulièrement des radios communautaires, dans la diffusion d’informations fiables et compréhensibles par les populations. Pour le gouvernement, les fausses nouvelles peuvent fragiliser la confiance envers les structures sanitaires et compromettre les efforts de riposte.
Reste désormais à transformer les annonces en garanties réelles. Car entre les engagements institutionnels et la réalité vécue sur le terrain, notamment dans l’Est du pays, le fossé demeure préoccupant. La protection des journalistes ne saurait se limiter à des déclarations de principe : elle exige des mécanismes opérationnels, des responsabilités clairement établies et des sanctions lorsque les libertés professionnelles sont bafouées.
La liberté de la presse est constitutionnellement garantie. Encore faut-il que ceux qui la font vivre puissent exercer leur métier sans craindre pour leur sécurité. En RDC, le véritable test du gouvernement sera donc moins dans ses promesses que dans sa capacité à faire de la protection des journalistes une réalité.
JK


