Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a exprimé une vive préoccupation face à la persistance des violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), dénonçant une attitude « belligérante » des parties impliquées et soulignant les limites opérationnelles de la MONUSCO ainsi que les obstacles politiques à l’imposition de sanctions internationales.
S’exprimant dans un entretien accordé à RFI en marge de l’ouverture du 39ᵉ sommet de l’Union africaine, le chef de l’ONU a dressé un constat lucide, voire pessimiste, de la dynamique actuelle du conflit, malgré la signature d’accords diplomatiques successifs. Antonio Guterres a rappelé que plusieurs accords ont été conclus, notamment à Washington et à Doha, mais que les combats se poursuivent sur le terrain.
Pour lui, l’absence de confiance entre les parties rend ces engagements largement inefficaces. « On peut signer des accords, mais s’il n’y a pas de confiance, ces accords ne vont pas résoudre le problème », a-t-il insisté, soulignant que la reconstruction de la confiance constitue un préalable indispensable à toute pacification durable de l’est congolais.
Le secrétaire général a également reconnu les limites structurelles de la Monusco. « La mission n’a ni le mandat ni la capacité d’imposer la paix », a-t-il déclaré, rappelant que l’ONU joue essentiellement un rôle de facilitateur et d’appui technique aux mécanismes de médiation et de vérification.
Cette déclaration intervient alors que la cheffe par intérim de la mission, Vivian van de Perre, s’est rendue à Goma pour soutenir la mise en œuvre du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, conformément à la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité. Une première équipe de Casques bleus est attendue à Uvira pour appuyer ce dispositif, dans un cadre limité et non permanent.
Interrogé sur d’éventuelles sanctions visant des responsables rwandais cités dans des rapports onusiens, Antonio Guterres a rappelé que cette décision relève exclusivement du Conseil de sécurité. Il a souligné qu’aucune proposition formelle n’a encore été déposée et qu’un consensus est peu probable. Cette prudence diplomatique révèle les fractures géopolitiques au sein du Conseil de sécurité, où les intérêts divergents des grandes puissances rendent toute décision coercitive difficile, voire impossible.
Tout en reconnaissant les contraintes politiques et opérationnelles, le secrétaire général a insisté sur un principe fondamental : la restauration de l’intégrité territoriale de la RDC. Selon lui, l’application effective du cessez-le-feu constitue la condition sine qua non pour relancer la confiance et ouvrir la voie à un règlement politique durable.
Le président Félix Tshisekedi, lors de son entretien avec Guterres, a d’ailleurs insisté sur la nécessité d’un appui technique crédible de la MONUSCO pour rendre opérationnel le mécanisme de surveillance, soulignant la centralité de ce dispositif dans l’architecture de paix régionale.
Les déclarations d’Antonio Guterres marquent un tournant dans la communication onusienne sur la crise congolaise. En reconnaissant ouvertement les limites de la MONUSCO et les obstacles politiques aux sanctions, le chef de l’ONU adopte un ton de réalisme stratégique, loin des discours diplomatiques traditionnels.
L’ONU apparaît comme un acteur sans véritable capacité coercitive dans le conflit congolais. La MONUSCO, longtemps perçue comme un instrument de stabilisation, est désormais cantonnée à un rôle technique et diplomatique, ce qui fragilise la crédibilité de l’architecture internationale de paix.
Le dossier des sanctions illustre les limites du multilatéralisme. Les divisions géopolitiques entre puissances permanentes rendent toute mesure contraignante contre des acteurs régionaux hautement improbable, laissant la RDC face à une diplomatie souvent symbolique. En mettant l’accent sur la confiance, Guterres souligne une dimension souvent négligée : le conflit n’est pas seulement militaire, mais aussi profondément politique et psychologique. Sans mécanisme crédible de vérification et sans volonté politique réelle, les accords resteront des instruments de façade.
Le déploiement limité des Casques bleus à Uvira et l’appui technique au mécanisme de vérification montrent que l’ONU privilégie désormais une approche minimale, centrée sur la gestion du cessez-le-feu plutôt que sur l’imposition de la paix. Cette stratégie témoigne d’un retrait progressif de l’ambition interventionniste au profit d’une diplomatie de stabilisation.
Les propos d’Antonio Guterres mettent en lumière une réalité brutale : la paix dans l’est de la RDC dépend moins des accords internationaux que de la volonté politique des acteurs régionaux et du rapport de force géopolitique mondial. Dans ce contexte, la RDC se trouve confrontée à un paradoxe stratégique : compter sur une communauté internationale consciente de ses limites, tout en cherchant à préserver son intégrité territoriale dans un environnement régional instable.
Junior Kulele


