L’annonce du Front pour la refondation de la nation (FRN), porté par l’ancien président Joseph Kabila, suscite de vives réactions dans la classe politique congolaise. Vital Kamerhe dénonce un décalage entre l’appel à la paix lancé par son prédécesseur le 9 octobre à Goma et la création, trois jours plus tard, d’une structure à caractère politico-militaire.
Une parole de paix confrontée à un choix controversé. Vital Kamerhe n’a pas tardé à réagir à l’entrée de Joseph Kabila dans une nouvelle séquence politique. Dans une déclaration rendue publique mardi 13 octobre au soir, le député national a vivement critiqué la création du Front pour la refondation de la nation, une initiative annoncée à Goma avec le concours de hauts cadres de l’AFC/M23.
Pour l’allié du président Félix Tshisekedi, cette démarche marque un tournant préoccupant dans l’histoire politique de la République démocratique du Congo. Il y voit surtout une incohérence entre les appels à la paix de l’ancien chef de l’État et son engagement dans une dynamique politico-militaire.
« J’y vois une contradiction sur laquelle les Congolais sont en droit d’attendre une réponse. Monsieur le président honoraire, vous appelez à la paix dans votre discours, vous appelez à la rébellion dans vos actes ; le peuple vous jugera sur vos actes », a déclaré Vital Kamerhe. Au-delà de la création du FRN, le président honoraire de l’Assemblée nationale s’interroge sur la posture adoptée par Joseph Kabila, qui revient sur le devant de la scène politique en se présentant, selon lui, comme une alternative à la crise actuelle.
Vital Kamerhe estime qu’un ancien président ne peut dissocier ses prises de position présentes du bilan de ses années au pouvoir. Il l’invite ainsi à assumer sa part de responsabilité dans l’histoire politique et sécuritaire du pays, plutôt que de faire porter à son successeur l’ensemble des difficultés nationales. « On n’efface pas son propre bilan en accusant son successeur. Chacun de nous doit avoir la décence d’assumer sa part de responsabilité dans l’histoire tumultueuse que connaît notre pays. On ne répare pas le destin d’un pays en lui imposant une nouvelle aventure armée », a-t-il insisté.
La voie des armes remise en question
Pour Vital Kamerhe, les différentes rébellions qui ont jalonné l’histoire de la RDC n’ont pas apporté les réponses attendues aux aspirations des Congolais en matière de sécurité, de justice et de prospérité. Dans un pays toujours confronté à l’insécurité dans sa partie orientale, il considère qu’une nouvelle aventure armée risque d’aggraver une situation déjà marquée par les violences et les souffrances des populations.
Dans la foulée, il a réaffirmé son soutien à Félix Tshisekedi, saluant également ses mises en garde contre les acteurs qu’il tient pour responsables de la persistance de l’instabilité dans l’Est. La controverse s’inscrit dans le prolongement du discours prononcé par Joseph Kabila le 9 octobre à Goma, au cours duquel il avait notamment plaidé pour la paix et une solution politique à la crise congolaise. L’annonce de la création du FRN, le 12 octobre, vient désormais placer la cohérence de son positionnement au centre du débat.
Entre les appels au dialogue, les initiatives politiques et la persistance des violences, la crise congolaise continue de mettre à l’épreuve les discours et les engagements des acteurs nationaux. La réaction de Vital Kamerhe traduit ainsi une interrogation qui dépasse la rivalité entre personnalités : celle de la compatibilité entre la recherche de la paix et le recours à une dynamique politico-militaire.
Dans un pays éprouvé par des années de conflits, les Congolais restent confrontés à une exigence essentielle : voir les déclarations en faveur de la paix se traduire en actes susceptibles de mettre fin aux violences.
La rédaction de b-onetv.cd


