À quelques jours de la rentrée parlementaire, une nouvelle séquence politique s’ouvre à Kinshasa autour de la question sensible de la révision constitutionnelle. La pétition initiée au Sénat contre Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président de la chambre haute, intervient moins de 24 heures après sa prise de position publique contre toute modification de la Constitution, un projet évoqué par le président Félix Tshisekedi et soutenu par plusieurs composantes de l’Union sacrée de la nation.
Cette initiative, portée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya, traduit d’abord un malaise politique au sein même de la majorité présidentielle. Pour l’auteur de la pétition, les propos de Bahati Lukwebo constitueraient un manque de respect envers l’autorité morale de l’Union sacrée, estimant qu’un responsable occupant une position institutionnelle aussi élevée aurait dû consulter le chef de l’État avant de rendre publique une position divergente.
Mais au-delà de la procédure parlementaire envisagée, l’affaire révèle surtout les fractures qui traversent la coalition au pouvoir. En affirmant que « le pays n’a pas un problème de textes mais d’hommes », Bahati Lukwebo s’inscrit dans un courant de pensée qui considère la Constitution actuelle comme suffisante et que le véritable défi réside dans son application effective. Une position qui tranche avec celle de certains cadres de la majorité qui soutiennent l’idée d’une réforme constitutionnelle pour adapter l’architecture institutionnelle aux défis sécuritaires et politiques du pays.
La réaction rapide de figures de l’Union pour la démocratie et le progrès social, notamment Déo Bizibu et le sénateur Idrissa Afani Mangala, montre que la question constitutionnelle dépasse le simple débat juridique : elle est devenue un enjeu politique majeur, susceptible de redessiner les équilibres au sein de la majorité.
Dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est et par une opinion publique attentive aux priorités sociales, cette polémique pose aussi la question de l’opportunité politique d’un tel débat. Pour certains acteurs, rouvrir le chantier constitutionnel pourrait apparaître comme une distraction face aux urgences nationales ; pour d’autres, il s’agit au contraire d’une réforme stratégique pour renforcer l’État.
Quoi qu’il en soit, la pétition contre Bahati Lukwebo pourrait constituer le premier test de cohésion pour la majorité parlementaire à l’approche de la rentrée. Et, au-delà du sort institutionnel du leader de l’AFDC-A, c’est la capacité de l’Union sacrée à gérer ses divergences internes qui se retrouve désormais au centre de l’équation politique congolaise.
JK


