Face aux controverses suscitées par ses récentes déclarations sur le soutien du Rwanda aux rebelles de l’AFC/M23, l’Église catholique en République démocratique du Congo (RDC) remet les pendules à l’heure. Contrairement à certaines interprétations, elle n’en est pas à sa première dénonciation. Elle revendique même avoir été la première institution religieuse à adopter publiquement cette posture, tout en assumant une évolution stratégique de son discours pastoral.
Dans une communication récente, Monseigneur Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a tenu à corriger ce qu’il qualifie de lecture erronée de l’opinion publique. Selon lui, plusieurs communiqués antérieurs de la CENCO, notamment ceux signés par l’archevêque de Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba, ont déjà cité explicitement le Rwanda comme soutien aux rebelles de l’AFC/M23, qui occupent une partie de l’Est du pays.
« Ce n’est pas la première fois. Allez revisiter les textes de la CENCO, vous verrez que plusieurs fois les évêques ont nommément cité le Rwanda », a rappelé Mgr Nshole, dénonçant la « mauvaise foi » ou l’ignorance de ceux qui parlent d’une première prise de position. L’Église catholique affirme avoir été la première confession religieuse à dénoncer publiquement l’implication du Rwanda dans la crise sécuritaire à l’Est de la RDC.
Pour Mgr Nshole, cette posture s’inscrit dans une tradition d’engagement moral et politique de l’Église congolaise, souvent en première ligne dans les débats nationaux, notamment sur la démocratie, les droits humains et la souveraineté nationale. « Nous sommes la première Église qui a publiquement adopté cette posture-là », insiste-t-il.
Toutefois, l’Église reconnaît avoir ajusté son approche. Après plusieurs condamnations restées sans effets tangibles sur le terrain, elle dit avoir opté pour une stratégie plus inclusive, axée sur le dialogue et la cohésion sociale. Cette nouvelle démarche se matérialise par la proposition d’un “pacte social pour le vivre ensemble” en RDC et dans la région des Grands-Lacs, une initiative qui vise à favoriser la réconciliation nationale et régionale.
« Ce n’est pas qu’on s’est tu, mais nous sommes dans une autre démarche pour donner une chance au dialogue national. Il s’agit d’une stratégie nationale », explique Mgr Nshole.
La position de l’Église n’a pas été sans polémique. Mgr Fulgence Muteba a été vivement critiqué après s’être rendu à Goma, en juillet dernier, pour présider une messe en l’honneur du Bienheureux Floribert Bwana Chui, aux côtés de responsables de l’AFC/M23. Certains cercles du pouvoir y ont vu un geste ambigu, voire une légitimation implicite des rebelles.
Pourtant, lors de la clôture du comité permanent de la CENCO, l’archevêque de Lubumbashi a réaffirmé que la situation socio-pastorale reste gravement affectée par l’insécurité, notamment dans les zones de confrontation entre les FARDC et l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda.
La controverse autour des déclarations de l’Église illustre un débat plus profond : celui du rôle des confessions religieuses dans un contexte de guerre hybride et de tensions géopolitiques. Entre dénonciation politique, neutralité pastorale et quête de paix, l’Église catholique tente de maintenir une ligne de crête, oscillant entre la parole prophétique et la médiation sociale.
Loin d’être une rupture, la dénonciation actuelle de l’implication rwandaise s’inscrit dans la continuité du discours de l’Église catholique congolaise. Ce qui change, c’est la stratégie : d’une posture de condamnation frontale à une démarche de dialogue et de cohésion sociale. Une évolution qui reflète autant la complexité du conflit à l’Est que la difficulté pour les acteurs moraux de peser dans une crise aux dimensions régionales et internationales.
La rédaction de b-onetv.cd


