Face à la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays, les principales confessions religieuses de la République Démocratique du Congo (RDC) ont choisi de parler d’une seule voix. La Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), l’Église du Christ au Congo (ECC), la Plateforme des Confessions Religieuses du Congo et la Coalition Interconfessionnelle pour la Nation (CIN) ont dévoilé ce lundi une feuille de route commune visant à ouvrir la voie à un dialogue national inclusif.
Présentée lors d’une conférence de presse à Kinshasa par l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, cette feuille de route a été soumise officiellement au président Félix Tshisekedi, conformément à l’article 69 de la Constitution qui confère au chef de l’État la responsabilité de garantir l’unité nationale.
Cette initiative se veut une réponse aux attentes de la population et aux nombreuses voix, nationales comme internationales, qui plaident pour un processus de paix inclusif afin de mettre fin au cycle des violences alimentées par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23.
La feuille de route articule son plan en quatre étapes majeures :
Le Mois de la Paix : instaurer un climat de confiance et de décrispation politique par des cultes œcuméniques dans tout le pays, y compris dans les zones occupées par le M23.
Le Dialogue des Experts : réunir techniciens et spécialistes afin de poser les bases techniques d’un pacte social pour la paix.
Le Dialogue Politique : impliquer toutes les forces vives – opposition politique, mouvements armés, majorité au pouvoir et société civile – dans la recherche d’un consensus. Les conclusions devront être transmises au chef de l’État.
La Conférence Internationale : élargir la réflexion à l’échelle de la région des Grands Lacs pour aborder les dimensions transfrontalières du conflit et promouvoir un vivre-ensemble durable.
L’abbé Nshole a rappelé que cette initiative tient compte des efforts déjà en cours, citant notamment : la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU du 21 février 2025 ; l’accord bilatéral signé à Washington entre la RDC et le Rwanda ; et la déclaration de principes de Doha entre Kinshasa et le M23.
Selon lui, ces démarches internationales, bien qu’importantes, nécessitent une appropriation nationale pour produire des résultats tangibles : « Nous, vos pères spirituels, avons soumis au chef de l’État et, à travers lui, au peuple congolais, une feuille de route pour une sortie holistique et durable des conflits armés. Elle vise à restaurer la paix, renforcer la cohésion nationale et consolider l’État de droit démocratique », a-t-il déclaré.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité de l’initiative présidentielle du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs. Félix Tshisekedi avait déjà recommandé d’élargir ce processus aux différentes confessions religieuses afin d’en garantir l’inclusivité. Son cabinet a d’ailleurs travaillé avec les représentants religieux pour harmoniser et enrichir cette nouvelle feuille de route.
La publication de ce document intervient dans un contexte marqué par la lenteur des initiatives diplomatiques internationales. Ni les pourparlers régionaux, ni les résolutions de l’ONU, ni même les accords bilatéraux n’ont, jusqu’ici, permis d’enrayer la spirale des violences dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Pour de nombreux observateurs, l’unité affichée des confessions religieuses peut devenir un levier moral et politique puissant, capable de créer une pression intérieure en faveur d’un dialogue véritablement inclusif et d’un engagement sincère des parties prenantes.
La feuille de route des confessions religieuses représente bien plus qu’une simple proposition technique : elle est le symbole d’un appel collectif à la réconciliation nationale. Reste à savoir si cette initiative trouvera un écho concret auprès des acteurs politiques et militaires, et si elle parviendra à briser le cycle des conflits armés qui ensanglantent l’Est de la RDC depuis des décennies.


