C’est un signal fort, presque brutal. En République démocratique du Congo, l’heure n’est plus aux avertissements mais à l’action. Le gouvernement enclenche une offensive nationale contre le recours abusif à la main-d’œuvre étrangère, avec un mot d’ordre clair : régulariser ou disparaître. Portée par le ministre Ferdinand Massamba Wa Massamba, cette opération s’inscrit dans la droite ligne du programme d’action du gouvernement (2024-2028), qui place l’emploi des Congolais au cœur des priorités nationales.
Désormais, un délai strict de 30 jours est accordé aux entreprises pour mettre en conformité la situation administrative de leurs travailleurs expatriés. Passé ce cap, les sanctions tomberont sans détour : suspension d’activités, poursuites judiciaires et expulsions administratives. Le ton est donné : aucune fraude, aucune substitution abusive, aucune marginalisation des compétences locales ne sera tolérée.
La particularité de cette campagne réside dans sa brutalité opérationnelle. Les contrôles sont déclenchés immédiatement, sans annonce préalable, sur toute l’étendue du territoire. Pour le gouvernement dirigé par Judith Suminwa Tuluka, il s’agit de mettre fin à des pratiques jugées systématiques dans certains secteurs, où la main-d’œuvre étrangère est privilégiée au détriment des travailleurs congolais. Toute irrégularité constatée entraînera des mesures immédiates, pouvant aller jusqu’à la fermeture partielle ou totale des entreprises concernées.
Dans le viseur des autorités : des sociétés accusées de contourner délibérément la législation nationale en matière d’emploi. Le cadre légal est pourtant clair. L’embauche d’un expatrié sans autorisation préalable constitue une infraction grave, tout comme l’occupation par des étrangers de postes réservés aux nationaux. Les dirigeants d’entreprises ne sont pas épargnés. Leur responsabilité personnelle pourrait être engagée, conformément aux textes en vigueur.
Au-delà des entreprises, c’est tout un pan du marché du travail qui révèle ses failles. Un contrôle récent a mis en lumière une réalité préoccupante : sur 625 services privés de placement recensés, seuls 223 sont en règle, tandis que 402 opèrent dans l’illégalité. Absence d’agrément, contrats inexistants, non-respect du SMIG, défaut de couverture médicale, non-paiement des cotisations sociales… les irrégularités sont multiples et profondément enracinées.
Face à cela, le gouvernement a tranché : un moratoire de 30 jours est accordé pour régulariser ou transférer les contrats vers des structures conformes. Passé ce délai, les structures illégales seront purement et simplement fermées. Cette offensive s’inscrit dans une dynamique impulsée au plus haut niveau. Le président Félix Tshisekedi a clairement instruit le gouvernement de renforcer la protection de l’emploi national et d’assainir le marché du travail.
L’objectif est double : restaurer l’équité dans l’accès à l’emploi et renforcer la souveraineté économique du pays. Mais cette politique soulève aussi un défi : trouver l’équilibre entre protection du marché local et attractivité pour les investisseurs étrangers. Car si la régulation est nécessaire, elle devra s’accompagner d’un renforcement des compétences locales pour répondre aux besoins du marché.
Au fond, cette traque nationale dépasse la simple question administrative. Elle traduit une bataille plus large : celle de la place du Congolais dans sa propre économie. Avec cet ultimatum de 30 jours, le gouvernement joue une carte décisive. Reste à savoir si cette opération marquera un véritable tournant… ou si elle viendra s’ajouter à une longue liste de réformes inachevées.
Junior Kulele


