L’annonce par l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) d’un « retrait progressif » de ses éléments de la ville d’Uvira, faite dans la soirée du 17 décembre 2025 et supposée s’achever le jeudi 18 décembre 2025, continue de susciter de vives interrogations. Dans un communiqué officiel lu par le porte-parole du Gouvernement provincial du Sud-Kivu, Me Didier Kabi, les autorités provinciales remettent ouvertement en cause la réalité et la sincérité de ce retrait, qu’elles qualifient de mise en scène destinée à tromper l’opinion nationale et internationale.
Au-delà de la communication de l’AFC/M23, ce communiqué met en lumière des incohérences majeures et des risques sécuritaires persistants pour la population d’Uvira. Selon le Gouvernement provincial du Sud-Kivu, les services de sécurité et les autorités locales n’ont constaté aucun mouvement clair et vérifiable attestant d’un retrait effectif et total des combattants de l’AFC/M23.
Bien au contraire, plusieurs éléments troublants ont été relevés sur le terrain : La présence continue d’hommes armés dans certains quartiers stratégiques ; Des combattants supposément retirés qui se fondent dans la population civile, parfois déguisés en civils ; L’absence de mécanisme de vérification indépendant permettant d’attester le départ réel des troupes. Pour les autorités provinciales, ces éléments confirment que le retrait proclamé relève davantage d’une opération de communication que d’un acte militaire réel.
Dans son communiqué, le Gouvernement provincial estime que cette annonce de retrait s’inscrit dans une stratégie de diversion déjà observée par le passé. L’objectif serait double : Détendre momentanément la pression internationale, notamment dans un contexte de médiation diplomatique et d’initiatives régionales et internationales pour la paix ; Repositionner discrètement les forces, soit en périphérie immédiate de la ville, soit sous d’autres appellations, afin de conserver une capacité de nuisance. Cette tactique permettrait à l’AFC/M23 de se présenter comme un acteur « de bonne volonté » tout en maintenant une emprise sécuritaire indirecte sur Uvira.
Le communiqué lu par Me Didier Kabi soulève également des préoccupations graves quant aux conséquences humaines et sécuritaires de cette situation : Combien de combattants étaient réellement présents à Uvira ? Où sont-ils censés s’être retirés ? Qu’ont-ils laissé derrière eux ? Les autorités provinciales évoquent notamment la crainte de fosses communes, de caches d’armes et de la persistance de réseaux armés dormants susceptibles de se réactiver à tout moment. Ces inquiétudes renforcent la nécessité d’un contrôle strict et d’enquêtes approfondies dans les zones affectées.
Face à ce qu’il qualifie de manipulation, le Gouvernement provincial du Sud-Kivu affirme rester en alerte maximale. Il réitère son engagement à : Collaborer étroitement avec les Forces armées de la RDC (FARDC) et les services de sécurité ; Assurer la protection des populations civiles ; Exiger que toute annonce de retrait soit suivie de preuves tangibles et vérifiables. Les autorités provinciales appellent également la population à la vigilance et à ne pas céder à la désinformation.
L’affaire du prétendu retrait de l’AFC/M23 d’Uvira dépasse le cadre provincial. Elle illustre les limites des annonces unilatérales des groupes armés dans un contexte de conflit complexe et régionalisé. Sans mécanisme de vérification crédible, ces déclarations risquent de fragiliser davantage la confiance, tant au niveau national qu’international. Pour Kinshasa comme pour les autorités provinciales, l’enjeu est désormais clair : imposer la primauté des faits sur la communication, et rappeler que la sécurité ne se décrète pas par communiqué, mais se constate sur le terrain.
Le communiqué du Gouvernement provincial du Sud-Kivu sonne comme une mise en garde : à Uvira, le retrait annoncé de l’AFC/M23 ne saurait être pris pour acquis. Tant que les populations ne verront pas un retour effectif et durable de la sécurité, ces annonces resteront perçues comme une mise en scène aux conséquences potentiellement dangereuses. La vigilance demeure donc de mise, en attendant des actes concrets et vérifiables.
La rédaction de b-onetv.cd


