Kinshasa vit, ce mercredi 27 août 2025, au rythme d’un dossier judiciaire explosif : celui de l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba. La Cour de cassation doit se prononcer sur des accusations de détournement de 19 millions de dollars américains destinés à la construction d’une prison centrale à Kisangani, un projet jamais matérialisé.

Aux abords de la Cour, l’ambiance tranche avec les audiences précédentes. Camionnettes, jeeps et bus de la police encerclent le bâtiment, formant un cordon sécuritaire inhabituel. Les forces de l’ordre, équipées de boucliers et casques anti-émeutes, surveillent chaque mouvement. Dans l’enceinte, journalistes et avocats patientent, suspendus à l’ouverture de la grande salle Marcel Lihau où sera rendu le verdict.
Le Ministère public n’a pas mâché ses mots. Il a requis dix ans de travaux forcés contre Constant Mutamba, assortis d’une décennie d’inéligibilité et d’interdiction d’accès à la fonction publique.
Selon l’accusation, l’ex-ministre aurait : contourné la procédure légale en recourant à un gré à gré, signé un contrat avec Zion Construct, société jugée fictive (sans siège, sans personnel, sans garantie bancaire), viré les fonds publics sur le compte de cette entité inexistante, ignoré l’avis de non-objection exigé dans ce type de marché. Pour le parquet, il ne fait aucun doute que l’acte de détournement s’est matérialisé dès le transfert de fonds du compte FRIVAO du Ministère de la Justice vers celui de Zion Construct.
Face à ces accusations, Constant Mutamba s’est présenté combatif. Clamant son innocence, il a dénoncé un « complot politique » visant à ruiner son avenir. « Ma foi chrétienne m’interdit de voler le bien public », a-t-il lancé dans son dernier mot, se décrivant comme un serviteur de l’État loyal et intègre. Ses avocats ont plaidé l’absence de preuves tangibles et demandé purement et simplement son acquittement. Pour eux, l’accusation repose sur des présomptions, sans éléments matériels suffisants pour justifier une condamnation.
Au-delà du sort d’un homme, ce procès concentre les regards du pays entier. Dans un contexte où la lutte contre la corruption demeure l’un des grands chantiers de l’État, la décision de la Cour pourrait faire jurisprudence et marquer un tournant dans la perception de la justice congolaise.
Dans quelques heures, Kinshasa saura si Constant Mutamba sera condamné comme l’exige le parquet, ou s’il sortira blanchi, comme le réclame sa défense.


