La République démocratique du Congo se prépare à franchir une étape historique : la tenue du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH2), plus de quatre décennies après le dernier exercice réalisé en 1984. La Première ministre Judith Suminwa a présidé, à Kinshasa, une importante réunion de la Commission nationale du recensement (CNR), consacrée à l’évaluation de la phase pilote et à la planification des étapes à venir.
Selon le ministre du Plan, Guylain Nyembo, la cartographie pilote menée entre avril et mai dans plusieurs zones du pays est « entièrement finalisée ». Cette étape cruciale a permis de tester les méthodologies, de former les équipes, de vérifier les outils digitaux et surtout de découper le territoire en zones de dénombrement afin d’éviter les omissions, les doublons et les incohérences statistiques.
La réussite de cette phase ouvre la voie au lancement prochain de la cartographie générale, qui couvrira l’ensemble du territoire national, des grandes villes aux zones rurales les plus reculées. Contrairement au recensement de 1984, effectué quasi totalement sur papier, le RGPH2 sera massivement digitalisé. Tablettes, systèmes de géolocalisation, collecte numérique des données, numérisation des formulaires : la CNR veut réduire les coûts, minimiser les erreurs humaines et accélérer le traitement des données.
Cette digitalisation intégrale est rendue possible grâce à l’appui technique de plusieurs partenaires, dont le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), déjà engagé dans l’accompagnement méthodologique du processus. Les besoins financiers ont été actualisés. Selon les projections de la CNR, environ 30 millions de dollars restent à mobiliser pour couvrir les prochaines étapes principalement la cartographie générale, la formation des agents recenseurs, la logistique numérique et la sécurisation des opérations.
Le gouvernement annonce qu’il utilisera déjà les ressources disponibles tout en intensifiant les démarches auprès des partenaires techniques et financiers. L’UNFPA, l’Union africaine et d’autres organisations internationales ont été sollicitées pour un appui complémentaire.
Pour réduire les coûts et harmoniser les opérations, la Commission nationale du recensement mise sur une mutualisation des efforts avec plusieurs ministères clés : Éducation : mise à disposition des infrastructures scolaires pour les équipes locales ; Santé : utilisation des réseaux communautaires de surveillance et des agents de santé ; Intérieur / ONIP : collaboration autour de l’identification nationale et de la maîtrise du fichier de la population. Cette coordination interinstitutionnelle devrait permettre d’améliorer la couverture territoriale et la fiabilité des données.
La Première ministre Judith Suminwa a rappelé que le recensement n’est pas seulement un exercice statistique, mais un outil stratégique pour la planification nationale. Les données issues du RGPH2 permettront, entre autres : d’orienter les investissements publics ; de planifier les infrastructures scolaires et sanitaires ; de renforcer la gouvernance locale ; d’ajuster les politiques sociales et démographiques ; et de disposer, enfin, d’un chiffre fiable sur la population réelle du pays. Un enjeu crucial pour un pays estimé aujourd’hui entre 100 et 110 millions d’habitants… sans qu’aucun chiffre officiel ne le confirme.
Le dernier recensement général date de 1984.
Quarante ans plus tard, avec une population probablement multipliée par deux, la RDC s’apprête à réaliser un exercice déterminant pour son avenir. Le RGPH2, une fois lancé, deviendra l’un des plus grands déploiements statistiques jamais organisés dans le pays.


