De retour d’une mission humanitaire dans les camps de réfugiés congolais au Burundi et en Tanzanie, la ministre d’État en charge des Affaires sociales, de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi, a livré un témoignage sans détour sur la détresse vécue par des milliers de compatriotes contraints à l’exil. Face à la presse, elle a dressé le tableau d’« une véritable tragédie humaine », évoquant une « désolation » qui dépasse les statistiques et interpelle la conscience nationale.
Son intervention est intervenue lors d’un briefing conjoint animé par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, consacré à la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Visiblement émue, Ève Bazaiba n’a pas caché son indignation face aux conditions de vie des réfugiés congolais dans les pays voisins.
« Je me sens révoltée de voir nos compatriotes souffrir ainsi », a-t-elle déclaré, soulignant que ces populations ont fui non par choix, mais pour échapper aux violences liées à l’agression rwandaise dans l’Est du pays. Pour la ministre, ces camps sont le reflet direct de la crise sécuritaire persistante et de ses conséquences humaines dévastatrices. Des familles entières y vivent dans une précarité extrême, dépendantes de l’aide humanitaire, loin de leurs terres, de leurs repères et de toute perspective immédiate de retour.
Sur le plan chiffré, la ministre d’État a révélé qu’environ 250 000 Congolais sont actuellement réfugiés au Burundi. Ces populations sont réparties dans sept sites d’accueil, souvent saturés et confrontés à des défis majeurs en matière de nourriture, de soins de santé, d’accès à l’eau potable et d’éducation.
Elle a particulièrement attiré l’attention sur la situation des enfants. Certains, âgés de 2 à 7 ans, sont nés dans les camps ou y ont grandi au point de ne plus savoir d’où ils viennent. « Il y a des enfants qui ne savent même pas ce qu’est la RDC », a-t-elle confié, décrivant une génération en train de se construire loin de sa terre natale, dans l’anonymat et la vulnérabilité.
En Tanzanie, la situation n’est guère plus rassurante. Selon Ève Bazaiba, le pays accueille environ 87 000 réfugiés congolais, dont près de 50 000 enfants âgés de 0 à moins de 18 ans. Cette forte proportion de mineurs pose des défis considérables en termes de protection de l’enfance, de scolarisation et de prise en charge psychosociale.
La ministre a également rapporté un fait particulièrement marquant : « Le même jour, en notre présence, il y a eu 28 naissances », a-t-elle indiqué, illustrant à la fois la vitalité de ces populations et la pression croissante sur des infrastructures humanitaires déjà fragiles.
Au-delà des chiffres, la ministre des Affaires sociales a insisté sur les conséquences à long terme de cette crise. L’exil prolongé fragilise les liens sociaux, compromet l’avenir de milliers d’enfants et accentue la dépendance à l’aide internationale. Elle a rappelé que la question des réfugiés congolais ne peut être dissociée de la recherche d’une solution durable à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Tant que l’insécurité persistera, les flux de déplacés et de réfugiés continueront d’alimenter une crise humanitaire régionale.
Face à cette situation, Ève Bazaiba a réaffirmé l’engagement du gouvernement congolais à œuvrer pour la protection de ses ressortissants, y compris ceux vivant hors des frontières nationales. Elle a plaidé pour un renforcement de la coopération avec les pays d’accueil et les partenaires humanitaires, tout en appelant la communauté internationale à assumer pleinement ses responsabilités.
Pour Kinshasa, a-t-elle souligné, le retour volontaire, digne et sécurisé des réfugiés demeure un objectif prioritaire, conditionné toutefois au rétablissement de la paix et de la sécurité dans les zones d’origine. Le témoignage d’Ève Bazaiba met en lumière une réalité souvent reléguée au second plan : derrière les enjeux diplomatiques et militaires, la crise de l’Est de la RDC est avant tout une crise humaine.
Des centaines de milliers de Congolais vivent aujourd’hui hors de leur pays, dans l’attente d’un retour incertain. Ces chiffres, ces visages et ces naissances en exil interpellent la conscience nationale et rappellent l’urgence d’une paix durable, seule voie capable de mettre fin à cette tragédie silencieuse.
La rédaction de b-onetv.cd


