Le report de la marche de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), initialement prévue le 22 juillet à Kinshasa, marque un tournant dans la stratégie de l’opposition congolaise. Présentée par ses dirigeants comme un « geste de responsabilité » en faveur du dialogue national inclusif porté par la CENCO et l’ECC, cette décision est loin de faire l’unanimité. Elle révèle au contraire des divergences profondes sur la méthode à adopter face au pouvoir de Félix Tshisekedi.
À la suite de leur rencontre avec le Chef de l’État, les principales confessions religieuses ont obtenu des acteurs politiques un délai afin de permettre l’organisation d’un dialogue national inclusif. La C64 a ainsi accepté de suspendre sa mobilisation jusqu’au 15 août, tout en affirmant rester mobilisée contre toute initiative visant une révision de la Constitution. Mais ce choix a rapidement suscité une vague de critiques au sein même de l’opposition.
Depuis son exil, Seth Kikuni a rejeté la décision de la C64 et estimé que la véritable opposition non armée est désormais incarnée par la plateforme Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila. Dans la même ligne, l’ancien vice-Premier ministre José Makila considère ce report comme un recul politique susceptible de démobiliser une population qui attendait une démonstration de force contre le régime.
Les critiques ne viennent pas uniquement de l’extérieur de la coalition. Dominique Munongo, députée nationale d’Ensemble pour la République et membre du présidium de la C64, n’a pas caché sa déception, évoquant même de possibles « arrangements obscurs ». Laurent Onyemba, également cadre d’Ensemble pour la République, est allé jusqu’à réclamer la dissolution de la coalition, estimant que les objectifs initiaux de la plateforme ne sont plus compatibles avec la nouvelle orientation privilégiant le dialogue.
D’autres responsables politiques, à l’instar de Félix Kabange Numbi ou encore Steve Mbikayi, voient dans ce changement de cap le signe d’un affaiblissement de l’opposition, voire d’une perte de crédibilité face au pouvoir. Pendant ce temps, le contraste est frappant avec l’Union sacrée. Alors que la C64 reporte sa manifestation pour favoriser les consultations politiques, la majorité présidentielle maintient sa marche de soutien aux institutions et aux FARDC le 22 juillet, malgré l’interdiction édictée par le gouverneur de Kinshasa. Cette différence de stratégie nourrit davantage les interrogations sur la capacité de l’opposition à parler d’une seule voix.
Au-delà de la controverse, cet épisode met en lumière le dilemme auquel est confrontée l’opposition congolaise : privilégier le dialogue au risque d’être accusée de faiblesse, ou maintenir la pression de la rue au risque de compromettre les efforts de médiation. Les prochaines semaines seront déterminantes. Si le dialogue national inclusif produit des avancées concrètes, le report de la marche pourrait être perçu comme un choix stratégique. En revanche, en l’absence de résultats d’ici au 15 août, la C64 devra convaincre qu’elle n’a pas sacrifié son rapport de force sans contrepartie.
En attendant, cette séquence politique laisse apparaître une opposition plus fragmentée que jamais, au moment où le débat sur l’avenir institutionnel du pays demeure au cœur des tensions politiques. Si le dialogue est désormais au centre des discussions, les divisions qu’il suscite montrent que la recomposition de l’opposition pourrait devenir l’un des principaux enjeux de la scène politique congolaise dans les semaines à venir.
Junior Kulele


