À Kinshasa, ce n’est pas un rejet frontal, mais un avertissement grave, presque solennel. L’Église catholique congolaise, par la voix de ses archevêques et évêques réunis au sein de la Conférence épiscopale nationale du Congo, trace une ligne de prudence face à un débat qui enflamme déjà la scène politique : celui de la révision de la Constitution. Réunis en Assemblée plénière extraordinaire du 23 au 25 mars 2026, les prélats ont choisi de ne pas s’opposer au principe, mais de contester le moment. Car pour eux, le problème n’est pas juridique, il est profondément contextuel.
Dans leur déclaration, portée notamment par le secrétaire général Donatien Nshole, les évêques rappellent une évidence souvent oubliée dans les débats passionnés : la Constitution elle-même prévoit sa propre révision. Le mécanisme existe, il est légal, encadré, et certains articles restent même intangibles. Mais entre la légalité et l’opportunité, la CENCO marque une frontière nette.
« Le principe de la révision constitutionnelle est constitutionnel », reconnaît l’épiscopat. Avant d’ajouter, dans une mise en garde sans ambiguïté : engager un tel processus dans le contexte actuel serait « hasardeux », faute de consensus national et dans un climat sécuritaire encore instable. Derrière cette prise de position, c’est tout un diagnostic sombre du pays qui se dessine. Les évêques évoquent une République sous pression : précarité sociale grandissante, crise humanitaire persistante, insécurité à l’Est, et une cohésion nationale mise à rude épreuve.
Dans ce contexte, ouvrir le chantier sensible de la révision constitutionnelle reviendrait, selon eux, à ajouter de la tension à une situation déjà inflammable. Au cœur de leur message, une proposition alternative : celle d’un « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble ». Une invitation à recoudre le tissu national avant de toucher à ses fondations institutionnelles.
En filigrane, le débat sur la Constitution révèle une fracture plus profonde. D’un côté, la majorité au pouvoir notamment portée par l’UDPS plaide pour une adaptation de la loi fondamentale aux réalités actuelles, au nom de l’efficacité de l’État. De l’autre, l’opposition et plusieurs mouvements citoyens voient dans cette initiative un risque de dérive, soupçonnant une manœuvre politique visant à lever les verrous limitant les mandats présidentiels après 2028.
Dans cette tension, la parole de la CENCO agit comme un point d’équilibre, tentant de ramener le débat sur le terrain de la responsabilité collective. En refusant de trancher dans la radicalité, l’Église catholique congolaise adopte une posture mesurée mais ferme : oui à la révision, mais pas dans la précipitation, ni dans un climat de méfiance généralisée.
Car au-delà des textes, c’est la stabilité du pays qui est en jeu. Et dans une RDC encore en quête d’équilibre, toucher à la Constitution sans consensus pourrait bien être plus qu’un pari risqué une épreuve de vérité pour toute la nation.
La rédaction de b-onetv.cd


