Carnets en main, tablettes à la main et regards attentifs sur chaque parcelle, les agents cartographes ont commencé à sillonner Kinshasa. Leur mission paraît simple : repérer les habitations, identifier les ménages et préparer le comptage de la population. Mais derrière chaque porte se cache une donnée qui pourrait contribuer à redessiner la photographie démographique de la République démocratique du Congo.

Dans les rues de la capitale, le ballet commence. Devant une parcelle, un agent s’arrête. Il observe le bâtiment, relève sa localisation et poursuit son travail. Quelques mètres plus loin, même opération. Maison après maison, quartier après quartier, les équipes avancent. Ce travail constitue la première étape du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat, le RGPH2.
Lancée ce mardi 29 septembre, l’opération doit d’abord couvrir Kinshasa avant de s’étendre progressivement aux autres provinces du pays. Pour l’heure, les agents ne comptent pas encore les habitants. Ils préparent le terrain. La cartographie censitaire consiste à identifier les bâtiments, les habitations et les différents espaces occupés. Un même terrain peut abriter plusieurs ménages. Un même bâtiment peut également en accueillir plusieurs.
L’objectif est de disposer d’une carte suffisamment précise pour permettre, lors de la prochaine étape, aux agents recenseurs de savoir où aller et qui compter. « Nous devons d’abord savoir où se trouvent les ménages avant de savoir combien ils sont », résume la logique de cette opération. Après la capitale, les cartographes devront progressivement gagner les provinces.
Le défi est immense. La RDC est l’un des pays les plus vastes du continent africain et sa population est estimée à plus de 100 millions d’habitants depuis plusieurs années. Mais derrière les estimations, il manque toujours un chiffre issu d’un recensement national complet. Depuis, la population a considérablement augmenté, les villes se sont étendues, de nouveaux quartiers sont apparus et d’importants mouvements de population ont modifié la répartition démographique du pays.
Dans les quartiers de Kinshasa, le travail peut sembler répétitif. Pourtant, les agents doivent faire preuve de précision. Identifier un bâtiment. Vérifier son occupation. Localiser une parcelle. Distinguer les ménages. À terme, cette succession de gestes doit permettre de constituer une immense base cartographique nationale. Le recensement ne consistera donc pas simplement à demander à chaque Congolais son âge ou son nom. Il s’agit d’abord de construire une photographie précise du territoire et de ceux qui l’occupent.
Pour la RDC, l’enjeu est historique. En 42 ans, le pays n’a jamais réussi à renouveler officiellement son recensement général. Les données démographiques utilisées aujourd’hui reposent largement sur des projections et des estimations. À terme, les résultats doivent permettre de mieux connaître la répartition de la population, les caractéristiques des ménages et les besoins des différentes régions.
Santé, éducation, logement, infrastructures, emploi ou encore aménagement du territoire : derrière les chiffres se trouvent des décisions publiques. Le véritable test commencera lorsque les équipes quitteront la capitale. Certaines provinces présentent des réalités géographiques, logistiques et sécuritaires beaucoup plus complexes. Le défi sera alors de parvenir à couvrir l’ensemble du territoire sans laisser de zones en dehors du décompte. Le gouvernement veut parvenir à un recensement national, malgré les difficultés d’accès à certains territoires.
La réussite du processus dépendra donc autant de la mobilisation des agents que de leur capacité à atteindre les populations jusque dans les zones les plus éloignées. Dans les rues de Kinshasa, le RGPH2 commence ainsi par des gestes simples : marcher, observer, localiser, enregistrer. Mais derrière cette opération de terrain se joue une question essentielle : combien sommes-nous réellement en RDC et où vivons-nous ?
La réponse ne sera pas immédiate. Les cartographes doivent d’abord terminer leur travail, avant le déploiement des agents recenseurs. Une longue opération commence donc aujourd’hui, avec une ambition qui dépasse les chiffres : donner enfin à la RDC une connaissance précise de sa propre population.
JK


