À Kinshasa, le thermomètre politique grimpe d’un cran. Dans les travées du Sénat, une séquence à haute intensité s’ouvre ce mercredi 18 mars 2026. Au centre des regards : Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président de la Chambre haute, dont l’avenir institutionnel et politique se joue désormais à livre ouvert. Mais au-delà du cas Bahati, c’est toute la mécanique du pouvoir au sein de l’Union sacrée qui se retrouve mise à l’épreuve, avec en ligne de mire un arbitre incontournable : Félix Tshisekedi.
Une plénière sous tension, prélude à une possible chute
La mise en place d’une commission spéciale chargée d’examiner la pétition visant Bahati constitue bien plus qu’une simple formalité parlementaire. Elle est le point de bascule d’un processus pouvant déboucher sur une motion de défiance, voire une déchéance pure et simple. Portée par le sénateur Dany Kabongo, la pétition revendique plus de 80 signatures, un seuil politiquement significatif. Officiellement, les griefs portent sur une supposée incompétence dans l’exercice des fonctions. Mais dans les coulisses, peu sont dupes : la bataille est éminemment politique.
Constitution, ligne rouge et fracture interne
L’affaire trouve en réalité son origine dans un débat explosif : la révision constitutionnelle. En exprimant publiquement des réserves sur cette question sensible, Bahati a, volontairement ou non, franchi une ligne rouge au sein de la majorité présidentielle. Dans un système où la discipline de coalition prime, sa sortie médiatique a été perçue comme une dissonance. Pire, comme une forme d’émancipation vis-à-vis de la ligne incarnée par le chef de l’État.
Le reproche formulé par Kabongo celui d’un manque de respect envers Félix Tshisekedi en dit long sur la nature réelle du contentieux : il ne s’agit pas seulement de compétence, mais de loyauté politique. Certes, Bahati a tenté de désamorcer la crise. Ses excuses publiques, ainsi que sa mise au point sur une prétendue mauvaise interprétation de ses propos, traduisent une volonté d’apaisement. Mais dans un climat aussi chargé, le mal semble déjà fait.
Une procédure accélérée aux relents politiques
La rapidité avec laquelle le Sénat s’est saisi du dossier interroge. Pour certains observateurs, cette précipitation tranche avec les lenteurs habituelles des procédures parlementaires en RDC. Elle alimente les soupçons d’un agenda caché. Derrière l’argument de l’efficacité institutionnelle avancé par les pétitionnaires, beaucoup voient une manœuvre politique visant à neutraliser une voix discordante au sein de l’Union sacrée. Une manière, aussi, de resserrer les rangs autour d’un projet controversé : la révision de la Constitution.
Tshisekedi, juge de paix d’une majorité sous pression
Dans cette équation complexe, un acteur concentre toutes les attentions : Félix Tshisekedi. En tant qu’autorité morale et politique de l’Union sacrée, son positionnement sera déterminant. Va-t-il laisser la machine parlementaire suivre son cours jusqu’à l’éviction de Bahati ? Ou choisira-t-il d’intervenir pour préserver l’équilibre interne de sa coalition ?
Le dilemme est stratégique. Laisser tomber Bahati pourrait renforcer la discipline au sein de la majorité, mais au risque d’alimenter les frustrations et de fragiliser certaines alliances. À l’inverse, le soutenir reviendrait à tolérer une forme de dissidence, au moment même où le pouvoir cherche à consolider ses bases autour de réformes sensibles.
Au-delà de Bahati, un test pour le système Tshisekedi
L’enjeu dépasse largement la personne de Bahati. Cette séquence agit comme un révélateur des tensions internes qui traversent l’Union sacrée. Elle pose, en creux, la question du mode de gouvernance : centralisation des décisions autour du chef de l’État ou ouverture d’espaces de débat au sein de la majorité ?
Ce mercredi, au Sénat, une question flotte dans l’air, lourde de conséquences : le président va-t-il lâcher Bahati ? La réponse, quelle qu’elle soit, dessinera les contours du rapport de force au sommet de l’État congolais. Et pourrait bien marquer un tournant dans la gestion politique du second mandat de Félix Tshisekedi.
Junior Kulele


