Le Palais du Peuple rouvre ses portes dans une atmosphère lourde d’enjeux. Ce lundi 16 mars 2026, députés et sénateurs reprennent le chemin de l’hémicycle pour la session ordinaire de mars, une période traditionnellement consacrée au contrôle de l’action gouvernementale, mais qui s’annonce cette année particulièrement intense. Les deux chambres l’Assemblée nationale et le Sénat se réunissent ainsi à Kinshasa pour trois mois de travaux qui devraient être dominés par les questions sécuritaires, diplomatiques et économiques.

Le premier dossier qui s’impose dans l’agenda parlementaire reste la situation sécuritaire. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les combats et les violences continuent d’alimenter une crise profonde. La progression de la rébellion AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda, maintient une forte pression sur les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Plusieurs zones demeurent sous contrôle rebelle, tandis que les populations civiles subissent les conséquences directes de cette guerre qui s’enlise.
Dans le même temps, les massacres perpétrés par les groupes armés comme les ADF-NALU ou la milice CODECO continuent de plonger les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri dans une violence chronique, malgré l’état de siège et les opérations militaires conjointes menées avec l’armée ougandaise. Mais l’insécurité dépasse largement les frontières de l’Est. Dans les provinces du Kwilu, du Kwango et du Mai-Ndombe, les milices Mobondo poursuivent leurs attaques. Au Kongo-Central, les coupeurs de route multiplient les embuscades sur les axes routiers, perturbant la circulation et le commerce.
Dans le nord du pays, la présence des éleveurs Mbororo continue de provoquer des tensions communautaires dans le Haut-Uele, le Bas-Uele et le Nord-Ubangi. L’ensemble de ces crises provoque des déplacements massifs de populations et accentue les besoins humanitaires. Même Kinshasa n’échappe pas à cette spirale d’insécurité. Malgré l’opération Ndobo lancée par le gouvernement, le banditisme urbain demeure une réalité quotidienne pour de nombreux habitants de la capitale. Dans ce contexte, les élus sont attendus pour pousser le gouvernement à renforcer ses réponses sécuritaires.
Autre moment important de cette session : l’examen des accords internationaux négociés par le gouvernement, notamment ceux conclus à Washington avec les États-Unis. Ces textes portent sur un partenariat stratégique entre la RDC et Washington, centré sur les minerais critiques, les investissements et le développement des chaînes de valeur industrielles. Ils incluent également un accord de paix conclu sous médiation américaine entre la RDC et le Rwanda, un document politiquement sensible compte tenu du contexte régional.
Les parlementaires devront analyser ces accords et mesurer leurs implications pour la souveraineté économique du pays. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, a d’ailleurs plaidé pour une meilleure coordination entre la diplomatie gouvernementale et le Parlement dans le suivi de ces initiatives internationales.
Au-delà des questions sécuritaires et diplomatiques, la session s’ouvre aussi dans un climat social marqué par le mécontentement des fonctionnaires. Depuis plusieurs mois, les retards dans le paiement des salaires des agents publics alimentent les frustrations au sein de l’administration. Le gouvernement a finalement reconnu des tensions de trésorerie, évoquant notamment l’augmentation des dépenses sécuritaires liées au conflit dans l’Est du pays. La session de mars devrait donc offrir aux parlementaires l’occasion d’examiner l’exécution budgétaire et de demander des explications sur la gestion des finances publiques.
Traditionnellement consacrée au contrôle de l’action de l’exécutif, cette session devrait être marquée par de nombreuses interpellations. Ministres, responsables d’entreprises publiques et gestionnaires d’établissements publics pourraient être convoqués devant les deux chambres afin de répondre aux préoccupations des élus. Parallèlement, plusieurs projets et propositions de lois devraient être examinés au cours des prochaines semaines.
La session pourrait également être animée par une bataille politique au sein du Sénat.
Une pétition visant le départ de Modeste Bahati Lukwebo du bureau de la chambre haute circule déjà dans les couloirs du Parlement. À l’initiative du sénateur Dany Kabongo, cette démarche reproche au deuxième vice-président du Sénat des propos jugés déplacés envers le président de la République, Félix Tshisekedi. La polémique fait suite à ses déclarations contre toute tentative de modification ou de révision de la Constitution, un débat qui anime actuellement la scène politique congolaise à l’occasion du vingtième anniversaire de la Loi fondamentale.
Au-delà de ces dossiers, les parlementaires devront également examiner les rapports des institutions d’appui à la démocratie, la gestion des catastrophes naturelles et la situation humanitaire des déplacés internes. La session de mars mettra aussi à l’épreuve la capacité du nouveau président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, successeur de Vital Kamerhe, à conduire les travaux parlementaires dans un contexte politique particulièrement chargé.
En amont de cette reprise, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka avait appelé les membres de son gouvernement à se préparer au contrôle parlementaire et à assurer un suivi rigoureux des recommandations des élus. La cheffe du gouvernement avait insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre l’exécutif et le Parlement afin de faciliter l’examen des initiatives législatives.

À la veille de la reprise des travaux parlementaires, le chef de l’État Félix Tshisekedi a reçu les présidents des deux chambres. Aimé Boji et le président du Sénat Jean-Michel Sama Lukonde ont échangé avec lui sur plusieurs dossiers stratégiques, notamment le suivi des accords de paix négociés à Washington. Un signal clair : la session parlementaire qui s’ouvre ce 16 mars pourrait devenir l’un des moments politiques majeurs de l’année 2026 en République démocratique du Congo.
La rédaction de b-onetv.cd


