Dans une province déjà éprouvée par les armes, c’est désormais sur le terrain politique que la pression monte. Au Sud-Kivu, la fragilité sécuritaire se double d’une crise institutionnelle naissante : le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki est officiellement visé par une motion de censure, déposée à Uvira par un groupe de députés provinciaux.
L’initiative, portée notamment par Karume Bahige Jean, marque une nouvelle étape dans les tensions qui traversent l’exécutif provincial. Une dizaine d’élus, majoritairement issus de l’UDPS et de l’UNC, accusent le gouverneur d’une gestion jugée opaque des finances publiques et d’un manque de résultats concrets pour la population.
À Uvira, devenue capitale provisoire depuis l’occupation de Bukavu, les critiques se veulent directes et sans détour. Les motionnaires dénoncent des conditions de vie précaires, pointant l’absence d’infrastructures de base malgré plus d’une année de fonctionnement des institutions dans cette ville de repli. Pour eux, le décalage entre les ressources disponibles et la réalité sur le terrain alimente un profond sentiment d’abandon.
Mais derrière les griefs administratifs se dessinent aussi des lignes de fracture politiques. La relation entre le gouverneur et son adjoint s’est progressivement dégradée, sur fond de divergences liées aux positionnements nationaux, notamment autour du débat sur la révision constitutionnelle. Ces tensions internes donnent à la motion une dimension à la fois institutionnelle et stratégique.
Cette offensive parlementaire intervient dans un contexte particulièrement explosif. Une grande partie de la province reste sous la menace ou le contrôle des rebelles de l’AFC/M23. Des territoires entiers de Kalehe à Idjwi, en passant par Kabare et une partie de Walungu échappent à l’autorité de l’État, tandis que les zones d’Uvira et de Fizi continuent de subir des affrontements armés.
L’histoire récente d’Uvira elle-même illustre cette instabilité. En décembre 2025, la ville était brièvement tombée aux mains de la rébellion, contraignant les autorités provinciales à fuir avant un redéploiement partiel. Aujourd’hui encore, certaines zones environnantes demeurent sous influence rebelle, maintenant une pression constante sur les institutions.
Dans ce contexte, les déclarations du gouverneur sur l’économie de guerre ont également marqué les esprits. Il a récemment affirmé que les rebelles capteraient chaque mois entre 18 et 20 millions de dollars issus des recettes locales, des fonds qui, selon lui, alimenteraient des soutiens extérieurs. La motion de censure entre désormais dans sa phase d’examen à l’Assemblée provinciale. Si elle est jugée recevable, elle pourrait déboucher sur un débat en plénière, voire sur un vote décisif pour l’avenir de l’exécutif provincial.
Entre urgence sécuritaire et exigences de gouvernance, le Sud-Kivu se retrouve à la croisée des chemins. Et dans cette équation complexe, chaque décision politique pourrait avoir des répercussions bien au-delà de l’hémicycle.
JK


